House Proceedings — 4 March 1999 (36th Legislature, 1st Session)

1999-03-04

Quebec — Debates (Hansard)

House Proceedings — 4 March 1999 (36th Legislature, 1st Session)

1999-03-04

Quebec — Debates (Hansard)

Journal des débats de l'Assemblée nationale

Version finale

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36 e législature, 1 re session

(2 mars 1999 au 9 mars 2001)

Le jeudi 4 mars 1999 - Vol. 36 N° 3

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Table des matières

Affaires du jour

Affaires prioritaires

Débat sur le discours d'ouverture

M. Jean J. Charest

Document déposé

Motion de censure

Avis touchant les travaux des commissions

Reprise du débat sur le discours d'ouverture et sur la motion de censure

M. Mario Dumont

Présence d'une délégation parlementaire de la république d'Haïti, du haut-commissaire de la république de Trinité-et-Tobago, M. Robert M. Sabga, et de l'ambassadeur du royaume de Belgique, M. Luc Carbonez

Nomination des leader, leaders adjoints, whip et whips adjoints du gouvernement, et du président du caucus du Parti québécois

Documents déposés

Nomination des leader, leader adjoint, whip et whip adjoint de l'opposition

Document déposé

Affaires courantes

Déclarations ministérielles

Excuses, au nom du Québec et de son gouvernement, aux orphelins de Duplessis et mesures compensatoires

M. Lucien Bouchard

Mme Madeleine Bélanger

M. Lucien Bouchard (réplique)

Présentation de projets de loi

Projet de loi n° 190 – Loi modifiant le Code du travail et la

Loi sur les normes du travail

M. Mario Dumont

Mise aux voix

Dépôt de documents

Rapport annuel du ministère du Conseil exécutif

Rapport annuel de la Société Innovatech du Grand Montréal

Rapports annuels du Comité d'évaluation des ressources didactiques, du ministère de l'Éducation, rapport annuel et rapport sur l'état et les besoins de l'éducation du Conseil supérieur de l'éducation, rapports annuels du Comité d'orientation de la formation du personnel enseignant, du Comité d'agrément des programmes de formation à l'enseignement, de la Commission consultative de l'enseignement privé, de la Commission des programmes d'études, de l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec, de la Commission d'évaluation de l'enseignement collégial, et rapports annuels 1996-1997 et 1997-1998 du Comité d'accréditation des associations étudiante

Rapports annuels de la Commission des services juridiques, du Fonds d'aide aux recours collectifs et de la Société québécoise d'information juridique

Rapports annuels du Conseil des arts et des lettres du Québec, du Grand Théâtre de Québec, du Musée des beaux-arts de Montréal, du Musée de la civilisation, du Musée du Québec, de la Société de développement des entreprises culturelles et de la Société de télédiffusion du Québec

Rapport annuel du Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes

Rapport des résultats officiels des élections générales du 30 novembre 1998 et de l'élection du 14 décembre 1998 dans Masson

Rapport du DGE sur la mise en application de l'article 490 de la Loi électorale lors des élections générales du 30 novembre 1998 et de l'élection du 14 décembre 1998 dans Masson

Modification à l'entente entre le Directeur général des élections du Canada et le Directeur général des élections du Québec pour faciliter la mise à jour du Registre national des électeurs, et avis de la CAI

Rapport de mission d'une mission d'information de l'Assemblée parlementaire de la francophonie à Port-au-Prince, en Haïti

Liste des documents dont la loi prescrit le dépôt à l'Assemblée nationale

Nouveau diagramme de l'Assemblée nationale

Dépôt de rapports de commissions

Composition des commissions parlementaires

Mise aux voix du rapport

Dépôt de pétitions

Maintenir la vocation d'hébergement public du centre d'accueil La maison paternelle de Saint-Ludger

Questions et réponses orales

Tenue d'une commission parlementaire sur l'état du système de santé

Conflit entre les hôpitaux de Chicoutimi et de Jonquière

Rapport de coroner sur un décès consécutif à une péritonite

Allégation de conflit d'intérêts entre le président de la CAI et un avocat plaidant à l'enquête sur la divulgation de renseignements personnels

Portée du projet de

loi sur les clauses orphelin mentionné dans le discours d'ouverture

Fermeture possible de l'usine Gaspésia à Chandler

Suites au rapport de la commission Poitras sur le fonctionnement de la Sûreté du Québec

Engagements du gouvernement envers les travailleurs en garderie

Motions sans préavis

Souligner l'apport essentiel des aînés à la vie collective du Québec

Mme Louise Harel

Mme Madeleine Bélanger

Mise aux voix

Avis touchant les travaux des commission

Affaires du jour

Affaires prioritaires

Reprise du débat sur le discours d'ouverture et sur la motion de censure

M. Gilles Baril

M. Lawrence S. Bergman

M. Rémy Trudel

Mme Diane Leblanc

M. Léandre Dion

M. Jacques Chagnon

Mme Solange Charest

Mme Nathalie Normandeau

M. Robert Kieffer

Mme Fatima Houda-Pepin

Motion de censure

Débats de fin de séance

Engagements du gouvernement envers les travailleurs en garderie

M. Russell Copeman

Mme Pauline Marois

M. Russell Copeman (réplique)

Suites au rapport de la commission Poitras sur le fonctionnement de la Sûreté du Québec

M. Jacques Dupuis

M. Serge Ménard

M. Jacques Dupuis (réplique)

Allégation de conflit d'intérêts entre le président de la CAI et un avocat plaidant à l'enquête sur la divulgation de renseignements personnels

M. Thomas J. Mulcair

M. Robert Perreault

M. Thomas J. Mulcair (réplique)

Journal des débats

(Dix heures cinq minutes)

Le Président: Alors, Mmes, MM. les députés, veuillez vous asseoir.

M. le leader du gouvernement.

M. Brassard: M. le Président, étant donné l'importance du premier grand discours du chef de l'opposition à l'Assemblée nationale, je voudrais être bien sûr que tout se déroule dans la plus parfaite légalité.

Des voix: Ha, ha, ha!

Le Président: M. le leader de l'opposition officielle.

M. Paradis: Oui. Je comprends la position et l'attitude du leader du gouvernement, M. le Président. Il aurait dû avoir cette attitude-là hier, c'était le moment opportun de l'avoir. Maintenant, on lui rappelle à ce moment-ci les dispositions de l'article 41 de notre règlement: malheureusement, les décisions du président ou de l'Assemblée ne peuvent être discutées.

Des voix: Ha, ha, ha!

Le Président: Et, en ce qui concerne la présidence, c'est heureusement.

Affaires du jour

Affaires prioritaires

Débat sur le discours d'ouverture

Alors, à ce moment-ci, nous allons aborder les affaires du jour pour aujourd'hui. Ce matin, la période est d'abord consacrée à l'intervention du chef de l'opposition officielle à l'issue du message inaugural qui a été prononcé hier par le premier ministre. Alors, M. le chef de l'opposition officielle.

Des voix: Bravo!

M. Jean J. Charest

M. Charest: Merci. Merci beaucoup. Merci beaucoup, M. le Président. M. le Président, c'est la première fois que j'ai le privilège de m'adresser à vous, et à mes collègues, et, par le biais de l'Assemblée nationale, à la population du Québec ici même et suite à l'élection du 30 novembre dernier.

Je veux réitérer une fois de plus les félicitations qu'on vous a transmises il y a de cela quelques jours suite à un événement historique: l'élection du président de l'Assemblée nationale au suffrage des membres. Je veux vous réitérer à quel point nous comptons sur vous, sur votre impartialité, et je veux vous répéter la volonté de l'opposition officielle de collaborer avec vous et avec le fauteuil, avec tous ceux et celles qui seront appelés à présider les débats de l'Assemblée nationale.

Par la même occasion, M. le Président, j'aimerais remercier aujourd'hui mes électeurs du comté de Sherbrooke. Je veux remercier en particulier la population des Cantons-de-l'Est. Nous avons fait beaucoup de chemin ensemble depuis les 15 dernières années. La population des Cantons-de-l'Est m'a toujours secondé dans mes efforts pour la représenter quand j'étais à la Chambre des communes et elle vient de me réitérer sa confiance en m'élisant pour la représenter à l'Assemblée nationale du Québec.

Ceux qui me connaissent savent mon affection pour cette région du Québec où ma famille, dont plusieurs membres sont ici aujourd'hui, est enracinée depuis des générations, où je suis né, où j'ai grandi, où j'ai été éduqué, où j'ai travaillé, où j'ai connu mon épouse, où j'ai fondé ma famille, et que je n'ai jamais quittée. Représenter la population du comté de Sherbrooke à l'Assemblée nationale du Québec est un immense privilège, un insigne honneur, M. le Président, un privilège et un honneur qu'il faut mériter à chaque jour, à chaque instant, et comptez sur moi pour ne pas les décevoir.

M. le Président, c'est aujourd'hui la première occasion aussi que j'ai de m'adresser à la population québécoise à

titre de chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale. Il est important de rappeler à la population, à qui les débats parlementaires paraissent parfois sans lien réel avec leurs préoccupations de tous les jours, l'importance du rôle que notre Assemblée nationale a joué dans notre histoire et du rôle qu'elle jouera dans notre avenir à tous. Je tiens à rappeler dans cette enceinte, dont les murs ont résonné des voix illustres de ceux et celles qui ont construit le Québec et le Canada et dont la mémoire inspire ceux et celles qui ont l'honneur d'y siéger, à quel point c'est une institution qui est au coeur du Québec.

(10 h 10)

On ne se rappellera sans doute jamais assez que l'Assemblée nationale, qui a récemment célébré son bicentenaire, est un des plus vieux Parlements au monde. Au monde. C'est ici, dans cette Assemblée, qu'est née l'idée de gouvernement responsable au Canada. C'est d'abord ici, dans notre Assemblée nationale, que la démocratie, et la pratique de la démocratie, s'est véritablement implantée au Canada. La notion de gouvernement responsable, il faut le rappeler, dans notre histoire, c'était nouveau, c'était un précédent important.

Et ce sont nos ancêtres à nous, ce sont des gens qui étaient ici, des gens qui ont siégé ici, qui ont créé ça, qui se sont battus pour ça, pour le Québec et pour le Canada, et qui ont fait la démonstration que, quand on est prêt à jouer un rôle de leadership, on peut faire avancer les intérêts du Québec, on peut faire avancer les intérêts du Canada.

La notion de responsabilité, c'est le fondement même de la démocratie. Sans elle, le droit de vote est une coquille vide. C'est ce qui distingue les vraies démocraties des dictatures déguisées. C'est la pierre de taille de notre système parlementaire. C'est la raison d'être d'une opposition officielle.

C'est notre rôle à nous, les députés d'opposition, d'obliger le gouvernement à répondre de ses paroles, de ses engagements et de ses actes. Et c'est ce que nous avons l'intention de faire, car, nous aussi, nous avons une responsabilité en tant qu'élus envers la majorité de la population du Québec qui a voté contre ce gouvernement. Nous avons un devoir sacré, une obligation de vigilance envers ce gouvernement.

Et nous l'exercerons, car ce gouvernement, en raison de l'option primordiale du parti qu'il représente et qu'il élève systématiquement en priorité absolue par rapport aux intérêts réels, tangibles et quotidiens des citoyens et citoyennes du Québec, ce gouvernement, en raison de son obsession référendaire, doit être surveillé de très près.

Pour cette raison, la façon dont ce gouvernement gère et utilise les fonds publics doit être surveillée de très près. Et je souligne que cette fâcheuse tendance, quasiment devenue habitude depuis 1994, à utiliser des fonds publics à des fins partisanes pour servir une option qui a été rejetée deux fois – deux fois – par vote démocratique et solennel de toute la population du Québec, rejet que les résultats de la dernière élection n'ont fait que reconfirmer une fois de plus, exige une surveillance de tous les instants. C'est notre rôle et notre devoir le plus sacré, et nous avons le mandat de l'exercer et nous l'exercerons.

M. le Président, il a déjà été dit ceci, et je cite, au référendum de 1980: «Le Québec a décidé de demeurer dans la confédération canadienne et, à partir de là, il est de notre devoir d'aller défendre ses intérêts à Ottawa.» Fin de la citation. J'espère que le premier ministre actuel s'est reconnu dans ses propres mots, M. le Président. C'est utile peut-être de le rappeler à sa députation.

J'assume donc ce nouveau rôle avec d'autant plus de fierté que mon parti et moi-même avons obtenu la pluralité des voix et donc l'appui démocratique le plus important de tous les partis à l'élection générale de 1998. M. le Président, je suis accompagné ici aujourd'hui d'une équipe d'hommes et de femmes qui, de tous les instants, se dévoueront aux intérêts des Québécois et Québécoises.

C'est avec beaucoup de fierté que je me tourne vers eux et que je retrouve, dans les banquettes de l'opposition officielle, des parlementaires d'expérience mais également des gens qui ont décidé de contribuer, à leur façon, à la vie publique, qui le feront avec leur énergie, leur talent et leur intelligence. Et c'est avec beaucoup de plaisir que, dans les prochaines semaines, les prochains mois, la population du Québec apprendra à mieux les connaître.

Ma responsabilité et celle de l'opposition officielle n'en est que plus grande, car le résultat électoral comporte un message pour ce gouvernement. Ce résultat électoral comporte une signification dont il faut parler aujourd'hui, mais dont j'aurais espéré entendre parler hier de la part du premier ministre, entendre parler franchement et lucidement. Hélas, le premier ministre a préféré faire des jeux de mots. Il faudra donc, à plus forte raison, l'obliger à tenir compte de ce qu'il a décrit comme étant lui-même un message nuancé. En effet, si la pluralité des votes exprimés est allée au Parti libéral du Québec et non au Parti québécois, il convient de se demander pourquoi.

La première raison, c'est que les Québécoises et les Québécois sont fatigués, épuisés, exaspérés par le débat stérile et sans issue que leur impose ce régime du Parti québécois sur leur avenir. L'obsession des péquistes, qui les mène à vouloir tenir des référendums à répétition jusqu'à ce qu'ils aient arraché le résultat qu'ils souhaitent mais que la population a dit et redit qu'elle ne souhaite pas, cette obsession, dis-je, est devenue, pour les citoyens et citoyennes, un très lourd fardeau.

En effet, M. le Président, plus personne aujourd'hui ne peut nier le prix exorbitant que nous payons sur les plans économique, politique et social pour l'incertitude dans laquelle les gens d'en face s'acharnent à nous maintenir par tous les moyens depuis bientôt cinq ans.

M. le premier ministre, M. le Président, vous me permettrez de citer le discours inaugural qu'on a entendu hier. Il y a une chose sur laquelle on s'entend. J'ai pris bonne note de l'admission faite par le gouvernement dans son discours inaugural. Je me permets de le relire – ça vaut la peine de le rappeler – et je cite: «Mais nous devons être francs – a dit hier le premier ministre – et dire aux Québécoises et aux Québécois que, dans le contexte canadien actuel, il y a un prix politique à payer pour rester trop longtemps dans l'indécision.»

Des voix: Bravo!

M. Charest: La

partie ministérielle applaudit et sourit, M. le Président. Le plaisir, si je dénombre tous les grands sourires du côté des banquettes ministérielles... Et le premier ministre saura, M. le Président, que le revers de la médaille politique, c'est l'économique. Le prix à payer, il est économique, et c'est un lourd fardeau que porte... Le ralentissement économique qui perdure alors même que nos voisins connaissent un boom sans précédent. Faiblesse de l'investissement privé, M. le Président, chômage, pauvreté, diminution de revenu disponible pour les familles.

Et, pour compenser, le gouvernement, au lieu d'aller dans le sens de l'économie nord-américaine en réduisant les impôts et les taxes, en permettant aux familles et aux individus d'avoir un revenu plus élevé, s'obstine à ramer à contre-courant. Or, quand on rame à contre-courant, M. le Président, on peut toujours espérer faire du surplace, mais, en réalité, on est condamné à reculer et, au pire, à être emporté. Car le courant contraire, c'est celui qui porte nos concurrents, mais c'est aussi celui qui emporte nos emplois, nos jeunes, nos meilleurs cerveaux, notre avenir.

Le gouvernement péquiste, au lieu de nous faire profiter de ce courant de prospérité qui porte nos voisins, rame dans la direction contraire, et ce, afin de mieux masquer le tort que son option a causé et continue d'infliger à notre économie, à notre tissu social, à notre qualité de vie. Nous avons donc le pire des deux mondes: à la fois l'incertitude admise, entretenue délibérément par ce gouvernement et par sa menace référendaire, et les taxes et les impôts les plus élevés de tout le continent. Voilà le triste record de ce gouvernement.

Cette portion exagérée du revenu des contribuables, M. le Président, ce gouvernement en a besoin pour subventionner nos entreprises, pour les aider à résister au chant des sirènes qui les appelle dans les juridictions voisines, il en a besoin pour stimuler artificiellement l'activité économique, et tout cela, pour compenser l'affaiblissement catastrophique de notre niveau de vie qu'eux-mêmes provoquent par leurs politiques, M. le Président.

(10 h 20)

Le gouvernement actuel aime bien faire de grands discours sur ses relations avec le gouvernement central, blâmer les autres pour ses politiques. Pourtant, à ce que je sache, M. le Président, les politiques qui sont appliquées sont appliquées également à travers le Canada, ont des effets qui sont similaires.

Pourtant, faisons l'examen de ce qui s'est passé au Québec depuis 1995. Et le constat est le suivant: les Québécois ont vu leur revenu après impôt, depuis 1995, diminuer à chaque année pendant que les autres Canadiens ont vu le leur augmenter de 3 %. Il existe un écart d'environ 4 % entre la croissance du revenu après impôt des Québécois et celui des autres Canadiens. Ce 4 % représente l'équivalent d'un chèque de paie dont les Québécois sont privés. C'est ça, le bilan de ce gouvernement.

Non seulement sommes-nous témoins, malheureusement, d'un appauvrissement général de la population, à cela s'ajoute un phénomène de pauvreté encore plus important. On est plus pauvre aujourd'hui qu'on l'était après l'élection de ce gouvernement.

Cela dit, M. le Président, nous ne nous contenterons pas de critiquer juste pour critiquer. Notre responsabilité envers tous les citoyens du Québec est aussi d'offrir des solutions aux problèmes que nous identifions, de suggérer des correctifs aux erreurs que nous dénonçons, de fournir des faits en contrepartie des demi-vérités véhiculées par ce gouvernement dans le but de servir son option fondamentale, une option, je le répète, que la majorité des Québécoises et des Québécois ne partagent pas.

Contrairement au parti fondé à Ottawa par le premier ministre actuel lors d'une de ses incarnations antérieures, nous avons la responsabilité, le devoir et l'obligation d'être un gouvernement en attente.

À

titre de chef de l'opposition officielle et entouré de l'équipe libérale, j'ai la ferme intention d'être un leader non seulement d'opposition, mais de proposition. C'est dans cet esprit, M. le Président, que nous abordons le mandat que la population du Québec a donné au Parti libéral. Notre rôle primordial sera donc de défendre les intérêts des Québécois et des Québécoises.

Je tiens ici à faire une mise au point, M. le Président, avant d'entrer dans le vif du sujet. Il y a une distinction fondamentale très nette entre le groupe ministériel et l'opposition officielle quant à notre définition de ce qu'on a traditionnellement appelé chez nous les intérêts du Québec. Et ça vaut la peine de s'arrêter là-dessus et de souligner cette différence parce qu'elle sera au coeur des décisions que prendra le gouvernement actuel et au coeur de l'alternative que nous allons offrir.

J'insiste là-dessus parce que, pour le parti au pouvoir, les intérêts du Québec se limitent aux intérêts du gouvernement du Québec. Pour le gouvernement péquiste, les intérêts du Québec, cela ne signifie pas, justement, les intérêts de tous les Québécois et de toutes les Québécoises. Il ne s'agit pas de ma part d'une affirmation gratuite, il y a une feuille de route; on a une feuille de route de ce gouvernement-là pour le démontrer. Ce parti a maintenant fait la preuve depuis les quatre dernières années que sa perception des intérêts du Québec était bien différente de l'opposition officielle.

Ce qu'il a prouvé, systématiquement et en toute occasion, c'est que les intérêts du Québec pour ce gouvernement péquiste, cela veut dire les intérêts de son option et de son parti. Depuis quatre ans, les intérêts des citoyens et des citoyennes ont été durement asservis aux intérêts de l'État péquiste et de son option. Pour eux, M. le Président, les citoyens et les citoyennes sont là pour servir l'État et l'option. C'est ce qui explique leur acharnement et leur vaine tentative depuis quatre ans à manipuler l'opinion publique à grand renfort de fonds publics en faveur, justement, de cette option.

Pour le Parti libéral du Québec, M. le Président, les intérêts du Québec désignent les intérêts des citoyens et citoyennes du Québec d'abord. C'est là où on doit d'abord définir ce que sont les intérêts du Québec. Pour nous, c'est le gouvernement, c'est l'État, ce sont les institutions, et en premier lieu l'Assemblée nationale du Québec, qui doivent être au service des citoyens. Les contribuables, eux, paient la note, M. le Président; ils paient votre salaire, ils paient le mien, celui de tous les employés de l'État. La facture est considérable, et, pour la payer, les contribuables québécois croulent sous un fardeau fiscal qui n'a d'égal nulle part ailleurs en Amérique du Nord.

La mission que se donne le Parti libéral du Québec dans son rôle d'opposition officielle à l'Assemblée nationale est d'exercer une surveillance, une vigilance de tous les instants afin que l'appareil de l'État soit remis au service des citoyennes et des citoyens. L'État doit exister pour les servir et non les asservir. Le trésor de l'État n'appartient pas au gouvernement; il ne peut en disposer comme bon lui semble.

Il doit à tout moment être mis devant la réalité, à savoir que le trésor appartient aux contribuables, aux citoyens, et qu'il doit être utilisé pour promouvoir leurs intérêts et apporter des solutions à leurs problèmes pour améliorer leurs conditions de vie, leurs conditions de travail, leurs hôpitaux, leurs écoles, leurs universités, et non pour promouvoir les intérêts du parti au pouvoir.

Et là il y a un dossier où le gouvernement avait une occasion en or, M. le Président, de démontrer sa bonne foi et de prouver d'emblée qu'il a entendu le message de l'élection du 30 novembre dernier. M. le Président, j'en profite pour ouvrir une parenthèse sur ce message. Comme vous, j'ai écouté le discours du premier ministre hier, mais je me demande si le gouvernement, lui, écoute. C'est la question qu'on se pose tous, aujourd'hui. Il y a un dossier où il a refusé, avant l'élection, d'écouter les électeurs, où il s'est entêté.

Il a passé trois décrets à toute vapeur à l'occasion de la crise du verglas, en jouant sur les émotions de la population. Ce gouvernement-là, M. le Président, a choisi de contrevenir directement aux lois de l'Assemblée nationale en passant des décrets en dépit de l'opposition du Parti libéral et malgré l'opposition des citoyens.

Il a choisi de sortir le rouleau compresseur pour écraser la volonté des citoyens du Val-Saint-François dans le dossier de la ligne Hertel-des Cantons. Ce gouvernement vient maintenant d'être sévèrement réprimandé par les tribunaux. Alors, lors d'une rencontre avec les citoyens du Val-Saint-François, le 12 septembre dernier, le premier ministre du Québec avait félicité les citoyens d'avoir entrepris un recours devant les tribunaux, il leur a dit qu'ils avaient raison d'aller devant les tribunaux. Il ne semble pas s'en rappeler, M. le Président.

Il pourra peut-être s'en rapporter aux citoyens qui étaient présents à la réunion. Il leur a donc dit, par le fait même, qu'il allait respecter le jugement du tribunal.

M. le Président, les Québécoises et les Québécois ont l'occasion aujourd'hui de mettre à l'épreuve la parole de ce premier ministre très tôt dans ce mandat. On saura dans les prochaines heures, dans les prochains jours s'il tiendra, oui ou non, parole. On saura s'il a enfin appris à écouter les citoyens. Permettez-moi d'en douter, M. le Président. Je crains fort que, là comme ailleurs, les citoyens ne frappent un mur avec ce premier ministre. Pour s'en convaincre, il suffira d'examiner la feuille de route.

Hélas! M. le Président, le bilan du dernier mandat de ce gouvernement, puisqu'il faut en parler, n'est pas très reluisant. Sur le plan économique, le Québec a pris un retard considérable par rapport à l'ensemble des autres juridictions en Amérique du Nord. Notre taux de chômage est plus élevé que la moyenne canadienne. Notre taux de croissance d'emploi est plus faible que celui du reste du Canada.

Notre croissance économique demeure anémique, bien en-deçà de la moyenne canadienne, et ce, tout au long d'une période de boom économique sans précédent en Amérique du Nord. En fait, M. le Président, ça vaut la peine de le souligner. Quand il s'agit de mesurer la performance de l'économie du Québec, rappelons-nous que cette performance se mesure dans un contexte de boom économique sans précédent en Amérique du Nord. C'est ça, la vraie mesure. On vient de vivre ça, là.

Je vous pose la question dans un autre contexte. Imaginons-nous ce qui serait arrivé si on avait vécu une récession. Si on a connu une performance aussi pauvre que celle-là alors que, partout en Amérique du Nord, il y a un boom qui nous entoure, il y a des occasions pour nous de faire des affaires puis on n'a pas été capable de faire plus que ça, j'hésite à penser, je n'ose pas penser à ce qui pourrait arriver si, par malheur, il devait y avoir un ralentissement économique.

Sur le plan des taxes et des impôts, nous sommes la juridiction, en Amérique du Nord, où les contribuables sont les plus taxés et les plus imposés. Sur le plan des revenus des particuliers, les Québécoises et les Québécois se sont appauvris de façon dramatique – j'ai donné les chiffres tantôt. Alors que partout autour de nous, aux États-Unis, dans le reste du Canada, les familles, les individus gagnent en revenus, s'enrichissent tranquillement mais ils sont sur une pente montante, chez nous, on continue à péricliter, on s'appauvrit, et ce, toujours dans cette période où on s'enrichit partout autour de nous.

Les investissements privés sont les plus bas qu'on ait connus depuis que l'on tient des statistiques en la matière.

(10 h 30)

Mais ne nous demandons pas comment il se fait que nos plus proches voisins, l'Ontario entre autres, connaissent des taux records de croissance alors que, nous, on fait du surplace et qu'on recule. N'allons pas plus loin que les murs de cette Chambre, M. le Président. Depuis des décennies, elle résonne de nos débats stériles sur l'option des péquistes. On tourne en rond sous la perpétuelle menace d'un référendum, tandis que nos voisins, eux, ils bâtissent, ils construisent, développent leur économie, attirent les investisseurs, mettent leur monde au travail. Ce n'est pas qu'on ne soit pas capables, M. le Président.

Hier, lors du discours inaugural, j'ai été frappé par les exemples que donnait le premier ministre sur les succès québécois, les succès dont nous nous réjouissons: le Cirque du Soleil, Bombardier, l'aérospatiale, l'aéronautique, la pharmaceutique, le multimédia, des secteurs où l'on connaît des progrès très importants.

Par contre, ce qui m'a frappé, M. le Président, c'est que le gouvernement actuel semble se satisfaire de la situation que nous vivons aujourd'hui. Implicite dans le message du gouvernement actuel, c'est qu'il sous-estime les Québécois. Comme si on n'était pas capables d'en faire plus ou davantage. Et ce qui m'a le plus surpris en écoutant attentivement les exemples donnés par le premier ministre dans son discours inaugural, en énumérant les secteurs où on avait réussi, c'est d'abord le peu de reconnaissance qu'on donnait aux hommes et aux femmes qui ont fait ces réussites-là.

Parce que, dans l'esprit de certains, la réussite d'une compagnie comme Bombardier, ça doit être à cause du gouvernement, alors que c'est les Québécois et Québécoises eux-mêmes qui ont fait la réussite de cette compagnie-là, d'abord. Je le sais, ils vivent dans ma région, à Valcourt.

Des voix: Bravo!

M. Charest: J'encourage les députés ministériels à ne pas arrêter leurs applaudissements parce qu'il y a autre chose à dire. J'ai remarqué, dans les exemples donnés, qu'il y avait là aussi le fruit des combats qu'avaient menés les Québécois à l'intérieur du Canada et à l'intérieur du système fédéral pour qu'on puisse connaître ces succès-là.

Dans l'aéronautique, entre autres, le premier ministre s'en rappellera bien, dans l'aérospatiale, entre autres, M. le Président, c'est des combats qu'ont menés les Québécois à l'intérieur du système fédéral. Dans la pharmaceutique.

Je me suis rappelé, M. le Président, que l'Assemblée nationale, alors que le premier ministre était Pierre-Marc Johnson, avait voté une résolution qui était unanime pour défendre l'industrie pharmaceutique, suivi par le gouvernement de Robert Bourassa, suivi par la députée de Saint-François qui, il y a quelques mois, avec la collaboration d'un collègue fédéral dans son comté, le député de Sherbrooke, avait présenté une autre résolution à l'Assemblée nationale pour défendre l'industrie pharmaceutique. Je me rappelle de ces combats-là. J'en ai fait partie.

Et ce que j'en retiens, c'est nos victoires comme Québécois, M. le Président.

Des voix: Bravo!

Une voix: Des exemples, des exemples.

M. Charest: Une des plus grandes victoires, puisque le député d'Abitibi demande des exemples, c'est le libre-échange. J'ai fait

partie de ces combats-là. Il faut avouer, M. le Président... J'admets, je n'étais pas seul, en tout cas pas tout le temps.

Des voix: Ha, ha, ha!

M. Charest: Vous vouliez un exemple? Rappelons-nous qu'en 1988 les Québécois sont allés sur la ligne de front pour se battre pour le libre-échange, qu'on a réussi justement, et que ceux et celles qui hésitaient à l'époque, on leur a prouvé notre succès, mais on leur a surtout prouvé que, quand les Québécois exercent leur leadership, on est capables de gagner pour la population du Québec, M. le Président.

Des voix: Bravo!

Le Président: Je m'excuse, M. le chef de l'opposition. Je voudrais profiter de l'occasion pour rappeler deux choses. D'abord, aux membres de l'Assemblée, que, hier, je pense qu'on a eu l'occasion d'entendre le premier ministre sans presque aucune interruption, et je crois qu'aujourd'hui on devrait avoir le même traitement pour le chef de l'opposition officielle. D'autre part, je voudrais inviter les gens dans les tribunes à contenir leurs applaudissements. Le public n'est pas autorisé à manifester de quelque façon que ce soit. Les seuls qui le sont, ce sont les membres de l'Assemblée. M. le chef de l'opposition officielle.

M. Charest: Oui. Bien, M. le Président, on va pardonner les excès d'enthousiasme des membres de l'Assemblée.

M. le Président, il y a un revers à cette médaille économique aussi, qui est fort triste – je vais en parler aujourd'hui. Parce que le plus dérangeant après quatre ans de ce gouvernement, c'est sa supposée social-démocratie, et ça doit être, je l'avoue, un petit peu gênant pour ceux qui sont sur les banquettes ministérielles et qui aimeraient bien dire et se penser sociaux-démocrates d'avoir un bilan aussi pauvre que celui qu'ils présentent actuellement. Il y a malheureusement plus de chômeurs, il y a plus d'assistés sociaux, plus de démunis, plus de sans-logis et de sans-espoir au Québec qu'en 1994.

Le premier ministre nous dit que, et je cite, «créer de l'emploi, c'est notre priorité». C'est le même discours qu'il tenait à son premier mandat, en 1996, rien de nouveau. Pourtant, en 1996, le Québec n'a réussi qu'à créer 8 500 emplois, alors que le Canada en créait 171 000; cinq emplois sur 100, 5 %, alors qu'on représente 24 % de la population. Au cours des quatre dernières années, le Québec arrive au huitième rang en termes de taux de création d'emplois. On est derrière Terre-Neuve et la Saskatchewan.

À pareille date en 1996, les statistiques nous montraient que l'écart entre le taux de chômage québécois et la moyenne canadienne était de 1,4 %. Aujourd'hui, l'écart est de 2 %. La situation s'est donc aggravée, on s'est donc creusé un plus grand trou. Je rappelle aux députés, je vous rappelle, M. le Président, le contexte dans lequel cette économie a évolué dans les dernières années, un contexte de boom sans précédent qui a profité à nos voisins, tant au sud qu'à l'ouest, qu'à l'est, mais pas chez nous.

Alors, au cours de son dernier mandat, le gouvernement actuel n'a réussi qu'à créer 15 % des emplois au Canada.

Le premier ministre nous disait hier, et je cite: «Dans la métropole et dans la capitale, un peu partout en région, les Québécois sortent de la morosité économique dans laquelle nous les avions trouvés il y a quatre ans.» Fin de la citation. M. le Président, le premier ministre aurait intérêt à faire une autre tournée, peut-être une troisième. Je l'invite à aller visiter la Mauricie, où il va retrouver son ministre de l'Industrie; il pourra lui parler de ce qui se passe à Wayagamack, il pourra lui parler de Trois-Rivières, capitale du chômage.

Le député de Laviolette pourra peut-être lui fournir les chiffres sur le chômage dans la Mauricie, qui sont plus élevés aujourd'hui qu'ils l'étaient en 1994.

Le premier ministre, dans sa tournée, pourrait bien s'arrêter en Abitibi et parler à la Chambre de commerce à Val-d'Or du secteur minier et des propositions qu'ils font pour encourager le développement du secteur minier. Il pourrait peut-être arrêter en Gaspésie pour parler aux gens qui défendent la survie, qui cherchent à encourager et défendre la survie de la Gaspésie, à Chandler, ou de la cimenterie à Port-Daniel, et qui se rappellent les mots de ce gouvernement et de leur leader, qui ont dit qu'ils s'en occupaient personnellement, et qui attendent toujours des réponses, M. le Président.

Il pourrait peut-être même aller au Saguenay–Lac-Saint-Jean, où le taux de chômage aujourd'hui est plus élevé qu'il l'était il y a quatre ans. C'est ça, sortir de la morosité, d'après le gouvernement actuel!

Dans huit régions du Québec actuellement, l'écart avec la moyenne de chômage s'est agrandi par rapport à 1994. C'est une nouvelle définition de la morosité que nous a offerte le gouvernement, sans doute, hier.

(10 h 40)

Ces jours-ci, nos concitoyens et concitoyennes se penchent sur leurs rapports d'impôts aussi, M. le Président. Triste moment pour eux dans l'année. Et je suis assuré qu'il y en a plusieurs qui se désolent. Nous avons ici, au Québec, l'insigne honneur, je le répète, de payer les impôts et les taxes les plus élevés en Amérique du Nord. Voilà de quelle façon on se distingue. Il coûte plus cher à chaque contribuable québécois d'administrer le Québec qu'il en coûte aux contribuables canadiens d'administrer leur gouvernement.

Et qu'avons-nous en retour pour notre argent? Parce que c'est ça, la question que ces gens-là doivent se poser. Quand on paie plus, on doit se demander: On reçoit quoi en retour? Il se peut très bien, M. le Président, qu'on fasse un choix de société, un choix collectif de payer davantage, et, en retour, on se dit: On s'offre plus de services, le système de soins de santé est meilleur, extraordinaire, différent de celui des juridictions qui nous entourent. Ce n'est pas évident.

Voilà, M. le Président, la question que nous posons aujourd'hui au nom de tous les contribuables québécois: On a quoi de plus en retour? Ce que nous avons, M. le Président, ce qui nous reste à

titre de citoyens quand le gouvernement du Québec a fini de puiser dans nos poches, c'est moins d'argent disponible que nos voisins, moins de pouvoir d'achat et un niveau de vie plus bas; en somme, un désastre économique pour ceux et celles qui le vivent – le terme n'est pas trop fort – et ça, je le répète, en pleine période de croissance nord-américaine.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que, en dépit de l'arrogance du slogan à la première personne du singulier dont le parti gouvernemental a repu la population pendant la campagne électorale, ce gouvernement n'inspire pas confiance. C'est le message du 30 novembre. Le premier ministre pourra inclure ça dans son lot de nuances.

M. le Président, dans le discours inaugural que nous offrait le gouvernement hier, je n'ai à aucun moment senti, non plus, mais à aucun moment, que ce gouvernement avait fait son examen de conscience ni qu'il reconnaissait l'échec retentissant de ses propres politiques économiques. Seulement, voilà, malheureusement pour nous tous, le bilan désastreux du gouvernement ne se limite pas au seul domaine économique. Sur le plan social, le bilan est encore plus lourd, plus gênant et, je le répète, plus gênant encore pour ceux qui se disent sociaux-démocrates.

Commençons par la santé. Notre système de soins de santé, comme nous l'avons dit et répété pendant la campagne électorale, vit actuellement une crise sans précédent. Devant l'urgence d'agir, j'ai, dès le 4 décembre dernier, quatre jours après la campagne, écrit au premier ministre du Québec et au premier ministre du Canada pour leur demander instamment, au nom des Québécoises et des Québécois, d'augmenter les fonds alloués à la santé.

Depuis ce temps-là, la crise dans notre système de soins de santé n'a fait que s'aggraver, au point que les bulletins télévisés de fin de soirée parlent non plus de crise dans les urgences, mais de danger dans les urgences. C'est unique. On doit être le seul endroit au monde où il faut faire attention parce qu'on peut se blesser dans les urgences.

Des voix: C'est vrai!

M. Charest: C'est ça. Et je vois que les députés du côté ministériel confirment l'impression que j'avais hier. Leur réaction me confirme qu'ils continuent à nier ces réalités-là. Ils n'admettent rien. Bonne question, hein? À quel endroit se fait traiter une personne qui se blesse dans une urgence? À quelle urgence va cette personne-là?

Des voix: ...

M. Charest: Ça vaut la peine, M. le Président, de constater la réaction du côté ministériel, parce que ça corrobore malheureusement, tristement, l'impression qu'on a, nous, depuis malheureusement trop longtemps. Depuis ce temps-là, la crise dans notre système de soins de santé n'a fait que s'aggraver, au point que les bulletins, comme je vous le disais, de nouvelles... À tous les jours, ce n'est plus les bouchons sur les routes qui sont devenus monnaie courante, c'est des nouvelles télévisées pour diriger les populations vers une urgence ou une autre urgence, pour nous dire lesquelles sont débordées, lesquelles peuvent accueillir les gens.

Et quel est le réflexe du gouvernement? Quelle est sa réaction devant une telle situation? Bien, vous venez de la voir, vous venez d'en être témoin. Il nie, M. le Président, il tourne ça en dérision, il rit, il trouve ça drôle.

Ensuite, dans un deuxième temps, quand leurs faiseurs d'image les ont convaincus qu'ils étaient peut-être devant une réalité incontournable, qu'ils avaient un problème, ils ont passé en mode «damage control», comme on dit, il y a quelques semaines. Ils ont essayé de limiter les dégâts. Pas les dégâts sur le plan humain, dans les salles d'urgence, dans les hôpitaux, dans les vies des malades et de ceux et celles qui donnent les soins, de ceux qui les secondent dans leurs efforts, les administrateurs, le personnel de soutien.

Non, ils essaient de limiter les dégâts à leur image, à l'image du gouvernement, à l'image de ses politiciens, et ils promettent 15 000 000 $ en argent nouveau, même s'ils attendent deux semaines avant de débloquer les fonds, deux semaines, M. le Président, avant de finalement allouer 20 000 000 $ pour régler le problème des urgences. Et, pendant tout ce temps-là, on continue de prétendre à grand renfort de statistiques que les choses vont mieux qu'elles allaient avant.

Et là, M. le Président, permettez-moi d'ouvrir une parenthèse, parce que cet usage abusif des statistiques pour masquer la réalité est tellement caractéristique de ce gouvernement que c'en est devenu une marque de commerce, un gouvernement qui est plus habile à soigner son image qu'à soigner les malades.

Donc, statistiques à l'appui, ce gouvernement, par la bouche de sa nouvelle ministre de la Santé, prétend qu'il y a moins de malades à l'urgence que par les années passées, alors que tout le monde sait qu'à l'intérieur des salles d'urgence on a créé ce qu'on appelle des lits tampons, des salles de transition, dont le but est de relocaliser les malades, qui se trouvent en réalité à l'urgence, dans des salles avoisinantes, afin qu'ils n'apparaissent pas sur les statistiques officielles.

La même ministre, soit dit en passant, brandit des statistiques, alors que depuis les 10 jours qui précédaient son annonce les dirigeants du réseau de la santé suppliaient les malades, par l'entremise des médias, de ne pas se présenter dans les salles d'urgence. C'est quand même gros, M. le Président! Les vieux régimes communistes n'auraient pas fait mieux que ça. C'est exactement le même réflexe, ça s'inspire des mêmes méthodes, les mêmes, mêmes méthodes. Pensez-y, M. le Président, il faut le faire, hein! On présente des statistiques, la ministre fait un point de presse: Voyez les chiffres.

Elle présente ça, oubliant que depuis 10 jours, à tous les jours aux nouvelles, les dirigeants disent aux gens de ne pas se présenter dans les salles d'urgence. Ça vaut quoi, ces chiffres-là? Ça vaut quoi, les chiffres, quand on a des lits tampons et des salles avoisinantes? Parce que c'est un gouvernement qui est plus intéressé dans les statistiques, aux urgences, qu'aux malades qui sont dans les salles d'urgence.

On savait par expérience que le gouvernement ne reculerait devant rien, devant aucune astuce pour faire oublier sa lamentable performance, mais on ne pensait pas qu'il était prêt à sombrer aussi bas dans la manipulation et dans l'abus éhonté des fonds publics que lors de la présentation du budget fédéral.

En fait, à bien y penser, l'ensemble des représentants du gouvernement mériteraient probablement un prix – je ne sais pas, moi, M. le Président, on pourrait appeler ça une médaille, un Oscar, un Masque – pour leur performance, car c'est du grand théâtre, pour ne pas dire du grand, grand guignol, qu'ils nous ont servi l'autre semaine. Comme on dit chez nous, M. le Président, c'était tout un show, tout un spectacle. Le Masque de bronze irait sans doute à la ministre de la Santé. Le Masque d'argent ira évidemment au vice-premier ministre et ministre des Finances du Québec, mais je veux lui dire, par souci d'équité, que ça n'a pas été facile.

Des voix: Ha, ha, ha!

M. Charest: Ça n'a pas été facile, M. le Président. C'était tout un spectacle, c'était magistral, déchirer sa chemise en public comme ça. Mais, les députés le savent, ça n'a pas été facile, décerner le prix. Alors, je tiens à ce que le vice-premier ministre le sache. Ce sera pour lui, je sais, une petite consolation, un baume sur son coeur, mais je suis sûr qu'il y aura d'autres occasions, il pourra se reprendre. Puis le Masque d'or puis le prix d'honneur pour l'inflation verbale, puis le mélo puis la grandiloquence, bien, ça va sans contredit au premier ministre.

De sa performance lors de la conférence de presse du 17 février, retenons, avec l'inflation verbale qui lui est devenue habituelle, son affirmation qu'il n'avait jamais été informé de l'intention du gouvernement fédéral de changer la formule de financement des programmes sociaux.

Une voix: ...

Des voix: Ha, ha, ha!

M. Charest: Ça adonne bien. Ça adonne bien, il dit...

Des voix: ...

M. Charest: ...il dit: Jamais, M. le Président. Bon, on va se faire un petit rappel de mémoire parce qu'il y a un problème de mémoire sélective. Lui et moi étions membres du même gouvernement, en 1990, qui a annoncé les changements qui sont à la source de cette volonté du gouvernement actuel de rétablir l'équilibre.

Des voix: Ah! Ah!

M. Charest: Il était membre de ce gouvernement-là. Et je peux même lui rappeler le contexte, parce qu'il l'a peut-être oublié. Il y avait un problème au niveau des dépenses fédérales, parce que la formule était ouverte et que le gouvernement de l'Ontario de l'époque, qui était présidé par M. Peterson, augmentait ses dépenses de programmes à un rythme moyen d'à peu près 12 % à 14 % par année. Peut-être qu'il se rappellera que le gouvernement dont il faisait

partie avait fait des efforts très importants pour réduire les dépenses de programmes en deçà du taux d'inflation et du taux de croissance économique, autour de 3 % à 4 %. C'était ça, le programme que lui défendait à l'époque. Sauf que le problème, c'était un problème de surchauffe en Ontario.

(10 h 50)

Donc, le gouvernement dont il a fait

partie avait pris la décision de limiter la croissance des dépenses dans les trois provinces riches de l'Alberta, l'Ontario, la Colombie-Britannique pour une période de deux ans – deux ans. Sauf que...

Une voix: ...

M. Charest: Ah! Je sais bien, il dit 99 aujourd'hui. Je comprends pourquoi il veut sauter sur le calendrier, là, vous en passez des parties.

Des voix: Ha, ha, ha!

M. Charest: Ah! Bien, ça explique bien des choses, M. le Président, sur ses déclarations. Ça devait durer deux ans. Il ressortira le budget, s'il veut, puis les comptes publics, ça n'a pas été deux ans, ça a continué.

Et le gouvernement fédéral qui a suivi a annoncé son intention de changer la formule et de revenir à une formule de financement per capita. Il le disait noir sur blanc dans son budget de 1996. Mais il était où, ce gouvernement-là, en 1996? Les Québécois auraient intérêt à se le rappeler, eux. Il était absent. Il boudait. Il n'était pas là. Il n'était pas à la table.

Les mêmes Québécois qui étaient là auparavant et qui ont permis des réussites du Québec, des réussites dans l'aérospatiale, puis la pharmaceutique, puis l'aéronautique, ces gens-là dont on espérait la présence pour défendre nos intérêts n'étaient pas là. Ils étaient absents. Le gouvernement du Québec, à ce moment-là, aurait dû dire: Écoutez, s'il y a un changement, on veut que le Québec puisse bénéficier de la péréquation d'une façon telle qu'on puisse avoir, nous, les ressources qu'il nous faut pour offrir des services équitables à nos citoyens. Ça n'a jamais été fait.

C'est pour ça qu'il a le Masque d'or, pour avoir avec autant d'éloquence dit: Je n'étais pas au courant, jamais, alors qu'il savait très bien et que tout le monde savait très bien que ce changement-là était annoncé, se préparait et se présentait. Pendant ce temps-là, il était absent. Peut-être qu'il ne le savait pas parce qu'il était absent? Ça sera peut-être ça, la version qu'il nous donnera: Je n'étais pas là.

Alors, voilà, M. le Président, la façon dont on défend les intérêts du Québec. Mais ce qu'il y a de pire là-dedans, c'est qu'on continue à sous-estimer l'intelligence des Québécois et qu'on continue à faire de la mémoire sélective une méthode, un système pour défendre l'indéfendable. Mais le plus triste là-dedans, c'est l'affirmation du ministre des Finances du Québec, selon qui, et je cite, «la péréquation – donc ce chèque de 1 400 000 000 $ qu'il vient de recevoir et sur lequel il semblait vouloir lever le nez – c'est du BS sous-étatique, du BS entre États».

Jamais, de mémoire, ai-je entendu un ministre des Finances donner un bilan aussi dérisoire de sa propre performance économique. C'est gros, hein, annoncer à la population du Québec qu'on en est rendu à recevoir du BS entre États, du BS étatique! On apprendra, je présume, mardi prochain s'il a l'intention de changer son chèque de BS. Il va falloir qu'il se mette en ligne de bonne heure à la caisse.

Des voix: Ha, ha, ha!

M. Charest: S'il en est réduit à recevoir de l'aide sociale étatique, s'il en est réduit, oui, à déchirer sa chemise avec si peu de retenue et s'il en est réduit à ces espèces de jérémiades sur la place publique, humiliantes, gênantes un peu pour les Québécois – peut-être pas pour lui – dans le seul but de dénoncer l'épouvantail fédéral, de tenter de faire peur au monde, c'est qu'on est tombé bien bas.

C'est dire à quel point, même avec les moyens considérables qu'il puise à même les poches des contribuables, même à une époque où tous nos voisins nord-américains vivent ce boom économique sans précédent, les affaires du Québec sont mal gérées. Pendant que tout autour de nous connaît une croissance sans précédent, le Québec reçoit des chèques de BS, d'après le ministre des Finances du Québec.

Je remarque surtout, M. le Président, et avec le plus grand regret, que ce gouvernement a pris 15 jours à trouver l'argent pour parer à la crise dans nos urgences et a mis à peu près 15 heures pour trouver 500 000 $ pour sa propagande antifédéral. C'est gênant. Quinze jours entre le moment où on annonce de l'argent pour les urgences, à peu près 15 heures pour acheter de la pub dans les journaux, 500 000 $. C'est l'équivalent, ça, si vous étiez le député de Maskinongé, de maintenir le foyer Ernest-Jacob ouvert. Hein? Ce n'est pas compliqué, c'est ça.

Il n'y avait pas d'argent pour le foyer Ernest-Jacob, à Yamachiche, mais il y avait de l'argent pour de la publicité dans les journaux, par contre. Ça, on a réussi à en trouver. Rien n'expose plus crûment les priorités de ce gouvernement: 15 jours pour soulager les urgences, M. le Président, mais 15 heures pour acheter sa pub.

Cela dit, je veux aussi dire à l'Assemblée, vous dire, M. le Président, qu'on veut offrir des critiques constructives au gouvernement. Et, dans cette perspective, j'ai demandé...

Des voix: Ha, ha, ha!

M. Charest: Je suis content d'entendre les députés applaudir, de l'autre côté, parce qu'on va leur offrir l'occasion d'en faire plus que ça. J'ai demandé à la porte-parole libérale dans la santé, la députée de Bourassa – que je salue aujourd'hui, qui a fait un travail extraordinaire – d'aller sur le terrain pour voir directement, de visu, ce qui se passait dans le réseau de la santé.

J'ai demandé aux députés qui m'entourent aujourd'hui d'en faire de même dans leur région, dans leur coin, d'aller voir directement et de prendre contact avec les gens qui vivent ce que c'est, le réseau de la santé, pas les chiffres du gouvernement, les statistiques. Nous, on est allé parler aux gens qui, eux, à tous les jours de leur vie presque, se dévouent pour une cause à laquelle ils croient profondément.

J'ai ici entre les mains le rapport qu'elle m'a remis, M. le Président. Avec votre permission, après mon discours, je le déposerai. Je suis sûr que les députés voudront donner le consentement unanime, mais, ça, je ferai ça après le discours. Ce que je veux surtout vous dire, c'est le constat qu'on y trouve et qui est accablant, dérangeant. Je dis «dérangeant» parce que c'est le gouvernement lui-même qui devrait être dérangé par ce rapport. Je crois que cela les dérange, en effet, mais ce qui les dérange, c'est qu'il y ait des malades. C'est dérangeant pour eux, pour leur référendum, pour leur objectif partisan.

C'est dérangeant, des citoyens malades, hein? Eh que c'est agaçant, ça! C'est dérangeant, des infirmières au bord de l'épuisement, des médecins exténués, démoralisés.

Contrairement aux chiffres et aux statistiques qu'aiment brasser nos amis d'en face, c'est dérangeant, des êtres humains en chair et en os – c'est dur, ça – qui se préoccupent bien davantage de mettre du pain sur la table, d'éduquer leurs enfants ou de soigner leurs parents malades que de discuter des modalités d'un prochain référendum. D'ailleurs, le discours d'hier l'évoque bien: cinq pages de chicane entre Québec et Ottawa, huit paragraphes pour la santé. On en a eu la mesure, en tout cas une petite mesure, hier.

Notre rapport, que nous avons rendu public vendredi de la semaine dernière, ne se nourrit pas de statistiques et de pourcentages. Ça n'intéressera peut-être pas la ministre de la Santé, parce qu'il n'y a pas assez de chiffres dedans. Par contre, il rend compte de ce que les gens vivent dans le réseau québécois de la santé. Les conclusions sont évidentes pour tout le monde. Pour tout le monde sauf pour le gouvernement, comme leur réaction il y a quelques minutes en témoigne. Si ce gouvernement se donnait la peine d'aller voir, il verrait qu'elles crèvent les yeux.

La plus frappante, M. le Président, dans nos conclusions à nous, c'est que l'état de crise est devenu permanent. La gestion de crise dans le réseau de santé québécois, c'est devenu quelque chose de permanent. Pas temporaire, c'est à l'année longue, dans tous les secteurs, dans presque toutes les régions du Québec. C'est là où on est rendu. C'est ça, le constat.

(11 heures)

Pour corriger la situation, encore faudrait-il que le gouvernement commence par admettre que sa propre réforme, et surtout la mise en oeuvre de la réforme, a contribué de façon déterminante à précipiter la crise. C'est un constat incontournable, si le gouvernement veut espérer pouvoir même commencer à ébaucher une solution. C'est, après tout, une vérité de La Palice que pour résoudre un problème il faut d'abord reconnaître son existence. Pourtant, hier, dans son discours inaugural, le premier ministre, là-dessus, est resté muet.

M. le Président, c'est fort simple. Si on est pour avoir un quelconque espoir de pouvoir s'attaquer aux problèmes que nous vivons dans le réseau de la santé, il faudrait d'abord que le gouvernement actuel puisse dire que sa réforme a été un échec, qu'elle a été faite avec plus de vitesse que de sagesse. Puis – on aura l'occasion d'en reparler – il n'y a personne qui conteste le fait qu'on devait faire une réforme. Ça, là-dessus, tout le monde s'entend. Il n'y a personne, non plus, qui prétend que la seule solution, c'est de l'argent. Il n'y a personne qui dit ça. Personne n'a prétendu ça, sauf...

Sauf que encore faudrait-il admettre les problèmes qui sont là, dans le système, qu'on puisse dire: Ça n'a pas marché. Puis, je comprends, le député de Charlesbourg, lui, va défendre les actions qu'il a pu poser dans le passé. Mais il a eu des moments de lucidité, lui aussi, juste avant l'élection, où il a laissé entendre que sa réforme avait été davantage dictée par le Conseil du trésor que par les besoins des malades. Gardez ça pour vos mémoires. L'histoire vous rendra justice, je suis sûr. Mais le bilan au net – et le gouvernement en est collectivement responsable – c'est un échec, un échec lamentable.

M. le Président, pour corriger la situation, il faudrait que le gouvernement l'admette. Il faudrait qu'il puisse le dire. Que ce soit le sous-financement, la pénurie des médecins, la pénurie d'infirmières, d'infirmiers, pénurie d'équipements dans tout le réseau, rien de tout cela ne semble émouvoir ce gouvernement, dont les réserves d'indignation, pour ne pas dire les réserves de fonds publics aussi, sont exclusivement consacrées à combattre l'ennemi extérieur, la distraction préférée de ce gouvernement.

Le Parti libéral du Québec, M. le Président, a pris l'engagement d'offrir une opposition constructive, et je veux faire part aujourd'hui à tous nos concitoyens des orientations que nous souhaitons pour le Québec. Commençons justement par la santé et le sauvetage de notre système de soins de santé.

On devrait commencer par reconnaître, à l'Assemblée nationale, l'échec de la réforme qui a été imposée par ce gouvernement, les souffrances réelles que cet échec engendre et du fait que notre système de soins de santé vit actuellement une crise permanente. Pour commencer à trouver les réponses qui s'imposent, il faudrait que la commission des affaires sociales soit mandatée dès demain, M. le Président, pour écouter les porte-parole du réseau des soins de santé et, sur la base de ces témoignages, suggérer des mesures urgentes et immédiates au gouvernement du Québec. En voilà un, geste que nous pouvons poser ensemble, vous et moi et tous les députés de cette Chambre.

Le gouvernement doit arrêter les plans de consolidation qui sont un échec. Pas besoin d'aller très loin. Ici même, dans la capitale, tout le débat autour du Centre mère-enfant, les consolidations, quel désastre! Quel désastre! Pas besoin d'aller loin, là. À quelques pieds d'ici, M. le Président, dans la capitale québécoise, on en vit un, on en a un, exemple d'une consolidation ratée.

Le gouvernement doit prendre du recul. Il doit écouter. Il doit redonner la parole aux donneurs de soins, aux gens qui sont dans les premières lignes, qui vivent les problèmes à chaque jour. C'est quand même drôle que, dans notre système de soins de santé, on ait écarté les gens qui donnent des soins des postes de prise de décisions, comme s'ils étaient tellement, eux, imbus d'un intérêt égoïste qu'ils n'étaient pas capables de contribuer ou de prendre des décisions dans le système de soins de santé. Avouons que c'est absurde, qu'il faut changer ça, puis il faut changer ça rapidement.

Il faut aussi reconnaître... Il n'y a pas juste ça. Il y a tout le personnel de soutien dans le système. Du plus bas au plus haut niveau, du premier étage, du sous-sol au dernier étage dans l'établissement, il y a des gens là qui ont besoin d'être encouragés. Le plan n'a pas marché, il a échoué. Le moment est venu maintenant d'écouter les praticiens, les soignants et ces gens-là, qui vivent dans des conditions de travail infâmes, voire dangereuses, qui s'éreintent eux-mêmes la santé, M. le Président, au lieu de pouvoir se consacrer corps et âme, comme ils l'ont toujours fait par le passé, à la vocation qui est la leur et à laquelle ils ont choisi de dévouer leur vie: soigner des malades.

Par ailleurs, nous recommandons instamment au gouvernement d'allouer une

partie importante des montants substantiels de péréquation qui arrivent ces jours-ci dans ses coffres au renouvellement des équipements dans tout le réseau, et entre autres dans les centres universitaires. C'est urgent de le faire. Des députés de l'autre côté le sauront, dans tout le réseau il y a un problème d'équipements très, très important, mais entre autres dans les centres universitaires parce que ça a un effet multiplicateur. Les centres universitaires sont appelés à offrir des soins ultraspécialisés. C'est leur mandat, on leur demande de faire ça. On l'exige d'eux.

Et on leur demande aussi d'accomplir une mission d'enseignement. Bien, pour eux, le problème d'équipements est encore plus cruel.

Et les problèmes sont urgents. Je le sais, je suis bien posté pour en parler. Ma collègue de Saint-François et moi-même avons rencontré les gens qui sont les administrateurs du Centre universitaire de Sherbrooke à quelques reprises. Ils ont imploré, ils ont interpellé le gouvernement. Mon souhait le plus ardent, c'est que mardi prochain on entende cet appel-là et que de manière ponctuelle le gouvernement puisse intervenir pour répondre à ces besoins-là, qui sont des besoins très, très urgents.

Nous nous attendons de plus à ce que le gouvernement reconnaisse enfin qu'il y a pénurie de médecins et d'infirmières et d'infirmiers. Et là je veux m'arrêter et je tiens à le dire formellement, parce que je l'ai dit dans d'autres forums, je l'ai répété, je le dis aujourd'hui, là, pour que tout le monde puisse l'entendre: Nous allons vivre au Québec un problème de pénurie de médecins, très rapidement. Ça s'en vient. On veut savoir ce que le gouvernement actuel fait pour éviter ce problème-là, mais on ne pourra plus dire dans quelques mois d'ici qu'on n'avait pas vu venir le coup. Puis, malheureusement, ce problème-là est en grande

partie causé par des retraites hâtives, massives, tant du côté des infirmiers et infirmières que du côté des médecins.

Et, tant qu'à y être, est-ce qu'on pourrait lever l'interdiction absurde imposée aux infirmiers et infirmières de retourner au travail, alors qu'on en a besoin? Même le premier ministre doit trouver ça absurde. Je ne peux pas croire, moi, qu'avec tout ce qu'on sait dans le réseau de santé on continue d'interdire à des personnes qui voudraient revenir au travail de le faire parce qu'on leur a fait une règle de deux ans qui leur interdit de retourner travailler dans les salles d'urgence. C'est absurde, ça. On devrait pouvoir bouger pour faire changer ces choses-là. Ça ne règle pas tout le problème, je le sais.

Je sais bien que ça ne règle pas tout le problème. Si on n'est pas capable de régler ça, une chose qui paraît aussi évidente, comment peut-on régler les plus gros problèmes?

Le gouvernement, aussi, doit prendre acte des dettes accumulées dans le système de soins de santé. Les rumeurs: on nous laisse entendre qu'au budget le réseau serait soulagé des dettes accumulées sous le gouvernement actuel qui a transféré sa dette sur le dos du réseau de santé, ce qui, en passant, forçait les administrateurs à faire des choix cruels, des choix difficiles. Il leur imposait une politique d'un côté, puis, de l'autre côté, ils ont été pris, ces gens-là, sur les conseil d'administration, à décider, bien: Est-ce qu'on augmente la dette? Est-ce qu'on sera remboursé? On va administrer ça comment?

C'est rendu, quoi, au-delà de 680 000 000 $ officiellement. On chemine vers le milliard. On s'en va allégrement vers le milliard de dette dans le réseau de santé. Ça va être le nouveau monstre, ça, parce qu'il faut payer de l'intérêt sur la dette. Ça, il faut que ce soit payé, et on a juste transféré le problème. Il faut que le gouvernement réponde à ce problème-là et qu'on puisse soulager, justement, le réseau de cet endettement-là.

On doit surtout, M. le Président, garantir à la population que l'argent transféré par le fédéral dans le dernier budget serve au réseau de santé, que ça ne serve pas à payer les promesses de la campagne. Ça arrive en sus de ce que le premier ministre s'est engagé à livrer pendant la campagne électorale. Ni lui ni moi, M. le Président – soyons francs, honnêtes – lors des engagements de la campagne, avons ou fait référence ou tenu compte de transferts fédéraux additionnels. Si c'est le contraire, qu'on me le dise. Ni lui ni moi. On a pris des engagements de bonne foi sur la base de l'information qu'on avait.

Or, depuis ce temps-là, arrive de l'argent qui n'était pas prévu, et on veut que le gouvernement actuel nous garantisse que cet argent-là n'ira pas ailleurs pour payer ses engagements à lui, qui étaient déjà facturés, mais ira plutôt en services additionnels à la population.

(11 h 10)

M. le Président, je veux parler d'éducation aussi. Dans le domaine de l'éducation, le constat n'est pas beaucoup plus reluisant. Là aussi, le système est en crise. Je choisis mes mots, en passant. Il y a des gens qui écouteraient ça aujourd'hui, qui seraient de l'extérieur, et qui diraient: Bien, coudon, crise santé, crise éducation. Mais les mots que j'utilise, c'est les mots qui sont utilisés par les gens qui sont dans le système. Puis pas les gens qui sont au dernier niveau, là, pas des gens qui... Parce que ce n'est pas tout le monde qui peut être mal informé, qui peut être imbu d'un intérêt égoïste.

Pas tous les recteurs d'université seraient de mauvaise foi. Et je regarde le ministre de l'Éducation, je serais curieux de savoir si on ne lui a pas dit à quel point le système d'éducation postsecondaire vit des moments très, très durs. Il a dû entendre les mêmes choses que j'ai entendues. Alors, les administrateurs du réseau de l'éducation eux-mêmes nous le répètent: Au niveau postsecondaire, le sous-financement nous amène à un point de rupture qui remet en question la qualité de l'enseignement postsecondaire au Québec. C'est ça, l'enjeu.

L'enjeu, la grande question, là, qu'on doit placer au centre de nos décisions pour l'enseignement postsecondaire, c'est la question de la qualité de l'enseignement.

Projetons vers l'avant. Posons-nous la question suivante: Quelle valeur allons-nous donner à un diplôme décerné par une institution québécoise dans 20 ans d'ici si on laisse aller nos institutions? Est-ce qu'on peut mesurer l'impact de cela? Est-ce qu'on peut mesurer l'impact que ça aura, sur la vie de ces gens-là, sur leur capacité de se trouver un emploi, de pouvoir se présenter ailleurs pour travailler n'importe où en disant: Moi, j'ai un diplôme qui vient de telle institution?

Mais, si depuis ce temps-là l'institution, parce qu'il y a un sous-financement, a connu des problèmes importants, c'est un problème individuel pour cette personne-là mais c'est un problème encore plus important pour l'ensemble de la société québécoise.

Rappelons-nous qu'il y a eu 900 postes d'abolis sous le gouvernement actuel. C'est l'équivalent, ça, d'une fermeture de l'Université du Québec à Montréal. Neuf cents postes de prof abolis, là, c'est l'équivalent de la fermeture d'une université québécoise. Ce n'est pas pour rien que les recteurs d'université sonnent l'alarme depuis des mois. C'est l'avenir même de notre système d'enseignement qui est en jeu. Encore faudrait-il que le gouvernement le reconnaisse, qu'il cesse de se chicaner avec son vis-à-vis fédéral sur le financement du réseau, qu'il puisse enfin entreprendre la reconstruction du système d'enseignement postsecondaire qu'il a lui-même contribué à démanteler.

Puis là on peut commencer en quelque part où, lui et moi – je me permets de le dire – M. le premier ministre et moi-même, on peut faire quelque chose d'utile pour les Québécois, puis on peut le faire rapidement: le fameux dossier des bourses du millénaire. Le premier ministre, M. le Président, sait très bien qu'il y a une résolution unanime de l'Assemblée nationale, résolution présentée par le député de Verdun – qu'on appelle communément la résolution Gautrin – qui est acceptable tant pour le réseau d'enseignement que pour, soi-disant, le gouvernement fédéral, comme base de solution.

Cette résolution, adoptée unanimement par l'Assemblée nationale, que tout le monde trouve acceptable, que tout le monde semble accueillir favorablement, présentée par le caucus libéral dans cet esprit d'offrir une alternative constructive, est à portée de main. Il s'agirait que les deux gouvernements se parlent. Et, quand je constate ces situations-là en politique, moi, c'est parmi les choses qui me choquent le plus: deux gouvernements pas capables de se parler. Je ne suis pas intéressé de savoir à qui la faute. Puis, si j'étais contribuable québécois, je ne serais pas intéressé à ces enfantillages-là.

Il y a le député de Kamouraska... Bien, là, on arrive à quelque chose de concret. Le député de Kamouraska, notre porte-parole dans l'éducation, vous en a proposé une, solution. Elle est fort simple. Le gouvernement du Québec n'a qu'à mandater une personne et le gouvernement fédéral n'a qu'à faire la même chose pour négocier une entente sur la base de la résolution présentée par le député de Verdun. Et, en retour, on pourra réinjecter plus de 70 000 000 $ dès l'année prochaine dans le réseau d'enseignement postsecondaire. Qu'attendez-vous pour bouger, pour poser un geste, alors que vous avez une solution à portée de main et que l'Assemblée nationale, ici même, a approuvée?

Et le député de Kamouraska est allé plus loin que ça. Il suggère même que l'entente ou une proposition d'entente soit soumise à nouveau à l'Assemblée nationale pour un vote. L'opposition officielle, M. le Président, est prête à accepter cette démarche-là et demande au gouvernement actuel d'agir en ce sens-là dans l'intérêt des étudiants, étudiantes du Québec et dans l'intérêt de l'enseignement postsecondaire pour l'avenir du Québec.

Dans le domaine de l'éducation, le gouvernement doit mettre fin aux compressions. J'ai cru entendre hier que ça allait être le cas tant au niveau primaire que secondaire, collégial et universitaire ainsi qu'à l'éducation aux adultes.

On parlait de pénurie tout à l'heure, M. le Président, eh bien, la pénurie de manuels scolaires qui sévit actuellement dans les écoles du Québec est inacceptable. Ça aussi, c'est inacceptable. Comment le gouvernement peut-il regarder les parents du Québec dans les yeux quand il n'y a pas le minimum pour assurer à chaque enfant des manuels scolaires dont il a besoin pour faire ses devoirs et apprendre ses leçons à la maison? Et, en disant ça, je reconnais d'emblée qu'il n'y a pas que ça comme instrument d'enseignement, les manuels scolaires. Il faut faire attention. Il n'y a pas que les manuels scolaires.

Mais personne, par ailleurs, ne peut nier qu'il y a un problème, personne. Ce gouvernement doit prioritairement mettre sur pied un programme d'achat de manuels, donc, pour que ces outils-là soient disponibles.

Aux niveaux primaire et secondaire, comme nous l'avons dit tout au long de la campagne électorale, le gouvernement doit investir dans le temps d'enseignement. C'est intéressant, le calcul qu'on fait sur le temps d'enseignement au Québec, pour constater que la comparaison avec la moyenne d'heures d'enseignement reçues sur une période de six ans démontre que les Québécois reçoivent en moyenne une demi-année de formation de moins par rapport aux autres jeunes Canadiens. Je vois des députés qui ont l'air surpris de l'apprendre. C'est pourtant le cas.

Il faudrait nous expliquer comment il se fait que, nous autres, on peut se passer de ça, une demi-année d'enseignement pour nos enfants. On doit être en avant de tout ça, nous autres. On est plus fins que les autres. Puis, oui, on a des étudiants qui sont fins, puis je pense qu'ils sont intelligents. Ça reste entre nous, M. le Président, je n'aimerais pas que ça sorte, je pense qu'ils sont peut-être même un peu plus intelligents que la moyenne. Le contexte dans lequel nous vivons, nous, au Québec, fait en sorte qu'on s'oblige à en faire davantage. J'en suis – ça reste toujours entre nous – très fier.

Mais je ne pense pas qu'on doive pour autant priver nos enfants d'une demi-année d'enseignement. Il faudrait s'interroger sur ce qui nous amène à ce genre de système d'enseignement là. Nous, pendant la campagne, on avait promis de corriger ça, et je pense que le gouvernement actuel, en tout cas, serait bien reçu de ce côté-ci s'il choisissait de le faire.

Une voix: Ou nous copier.

M. Charest: Oui, nous copier. Ne vous gênez pas pour nous copier. Les parents du Québec attendent de leur gouvernement, du ministère de l'Éducation, de leurs écoles, de leurs enseignants qu'ils donnent à leurs enfants une formation qui va aussi s'inscrire dans une foulée où on vit la mondialisation. On sait que les emplois qui seront disponibles sont des emplois où on fera concurrence avec des gens qui viennent de tous les pays. On n'a donc pas le droit de désavantager nos jeunes ou n'importe quelle autre personne qui choisit d'avoir accès au système d'éducation.

Le premier ministre hier a parlé du problème de décrochage scolaire. Je le mets en garde. Il a cité des chiffres pour dire: Ça va mieux que certains le prétendent. Je suis de son avis, il ne faut pas faire de guerre de chiffres là-dessus. Mais il y a un problème. Ça, il y a un problème. D'ailleurs, ce n'est pas nouveau. Il avait, lui, défendu, dans le gouvernement où on se trouvait, lui et moi, une proposition que j'avais faite en 1990, aussi – je suis sûr qu'il s'en rappelle – un programme qui visait justement à contrer ce problème-là. J'en garde un bon souvenir, M. le Président.

Il avait défendu mon projet avec beaucoup d'ardeur. Et c'est un projet qui avait bien fonctionné, en passant. Il y avait eu des consultations étroites avec le gouvernement du Québec, avec M. Ryan. Il y a des gens pour qui ça tiraillait un petit peu, mais ça a bien marché.

On a beau dire que les statistiques peuvent ou peuvent ne pas dire que ça va mieux ou que c'est moins pire que c'était, il y a un problème. Il y a un problème, et on ne peut pas le négliger. Et ce qu'il faut savoir, c'est que ça vise les plus défavorisés. Vous savez, ce qu'il y a de trompeur dans les chiffres, pour ceux qui sont dans les tours d'ivoire, c'est qu'on dit: Le problème de décrochage scolaire est moins important qu'il était.

Mais on oublie de souligner le problème que vivent les enfants qui sont pauvres, pour qui le problème est plus aigu: des jeunes autochtones au Québec pour qui c'est un problème très, très grave, qui aura un impact important sur le développement de leur société; le problème que vivent les jeunes filles, les femmes monoparentales. Enfin, il y a des clientèles qu'il faut reconnaître là-dedans.

Alors, en toute amitié, je le mets en garde et je tiens à lui dire qu'au Parti libéral on voit, nous, des problèmes importants pour les milieux défavorisés, les enfants qui vivent des déchirements familiaux, ceux qui souffrent de problèmes d'apprentissage ou d'adaptation, ceux qui souffrent de handicaps physiques ou autres, qui requièrent des services spécialisés.

Or, le gouvernement a malheureusement démantelé beaucoup d'équipes de professionnels: des orthopédagogues – j'en connais, même – des orthophonistes, psychoéducateurs, conseillers en orientation, qui ont fait les frais de compressions budgétaires imposées par le gouvernement. En conséquence, ce sont les jeunes en difficulté d'apprentissage qui ont le plus souffert et c'est l'ensemble du réseau qui en a porté le poids. Le gouvernement doit allouer des ressources appropriées pour rebâtir les équipes de professionnels dont les enseignants ont besoin pour les épauler, pour assurer aux élèves des meilleures conditions de réussite scolaire.

(11 h 20)

Cela dit, une fois de plus, on revient à ceux qui ont abandonné les études. Le gouvernement a malheureusement mis les freins à l'éducation des adultes. Pour parer au problème du décrochage scolaire, le gouvernement doit donc également s'assurer une plus grande accessibilité à la formation générale et à l'éducation des adultes et allouer les fonds nécessaires à mesure que les besoins se font sentir.

Le premier ministre a beaucoup parlé des jeunes hier, M. le Président. C'est le sujet préféré de presque tous les discours inauguraux de tous les gouvernements. On est bien habitué à ça, à un tel point qu'on mesurera le gouvernement sur ses actions plus que sur ses paroles. Ce que nous savons, par contre, quand on fait un bilan, c'est que justement, à l'aube de ce troisième millénaire, le problème de la pauvreté chez les jeunes est criant. Il y a un taux de chômage qui tourne autour de 17 %. Et la vraie priorité des jeunes, avant tout, c'est l'emploi.

Et j'ai été déçu, dans le discours d'hier, sur un point, entre autres. Le gouvernement, le premier ministre, dans son discours inaugural, parle beaucoup des structures. Puis on ne peut pas, en principe, être contre ces choses-là, mais il y a comme un déséquilibre entre cette préoccupation avec des structures, d'une part, et, d'autre part, cette préoccupation que le gouvernement doit avoir de permettre de la croissance économique. En d'autres mots, j'aurais aimé entendre, moi, le gouvernement me parler d'un plan de croissance, de gestes qu'on va poser pour grossir l'économie.

Parce qu'on aura beau multiplier puis multiplier les structures, puis donner du «counseling», puis faire d'autres choses, s'il n'y en a pas, d'emplois, il n'y en a pas, d'emplois. Ça sert à quoi, les structures si, en bout de ligne, il n'y a pas d'emplois?

C'est là où le gouvernement souffre d'un déséquilibre. Sa social-démocratie débarque des rails. Son obsession avec le gouvernement, l'État, sert mal les intérêts des Québécois et des Québécoises. Il faut d'abord se poser la première question: Comment faisons-nous pour créer de l'emploi... pour permettre la création d'emplois, dis-je – pour permettre! – sachant que ce n'est pas le gouvernement qui fait ça? Or, c'était absent du discours d'hier.

Dans les stages en entreprise, je veux bien croire... Je suis en faveur de ça, j'en reparlerai. Mais on avait promis 1 000 places lors du Sommet; il y en a eu 24, à la place, depuis ce temps-là. Dans le dossier des clauses orphelin, où le gouvernement du Parti québécois a signé trois ententes qui contenaient des clauses orphelin et toujours dans la perspective de diminuer les coûts de main-d'oeuvre de 6 %, le gouvernement a signé en toute connaissance de cause des ententes qui faisaient porter le fardeau des coupures aux jeunes. C'est ça, le bilan. Malheureusement, c'est ça, la réalité.

Et tout ce qu'on a dit hier, dans le discours? Bien, on retourne aux structures. C'est le réflexe des structures, qui coûtent de l'argent mais qui, dans le fond, ne produisent pas les emplois. On se demande à quel point le gouvernement est branché sur la réalité. Ce gouvernement qui multiplie les structures fait miroiter, par l'entremise de ces organismes-là, des espoirs qui ne se réaliseront probablement pas, à moins d'agir autrement.

Au Parti libéral, pendant la campagne, on a mis beaucoup l'accent sur un plan de croissance, mais aussi, pour les étudiants, sur un programme de remboursement de dettes d'études proportionnel au revenu qui a beaucoup de mérite: favoriser l'accessibilité aux études supérieures en modifiant les calculs d'attribution de l'aide pour ne pas pénaliser les chefs de familles monoparentales – il y aurait des corrections à faire là, si on voulait vraiment poser un geste concret pour aider les gens qui ont des difficultés; augmenter le taux de diplomation à tous les ordres d'enseignement.

Au niveau collégial entre autres, dans la formation professionnelle, il y a un problème de diplomation important, et il s'adonne que c'est dans un secteur clé de développement de notre économie, ça. Ça, c'est un secteur clé.

Pendant la campagne, nous, on avait promis 25 000 stages en milieu de travail. Et je veux être clair, M. le Président, il y a des institutions qui font ça. Moi, je suis très fier du fait que, chez moi, à l'Université de Sherbrooke, ils sont parmi les leaders en Amérique du Nord dans le programme d'alternance études. Ils se sont inspirés, eux, de l'Université Waterloo, qui a été la première à le faire. Puis ça a bien marché, puis d'autres universités le font. Mais je reconnais d'emblée, M. le Président, qu'on ne va pas faire des programmes de stages alternance études dans toutes les institutions, partout au Québec, à tous les niveaux. Ce n'est pas ça, la réponse.

Il faut reconnaître un problème important pour les jeunes, c'est celui de la transition entre l'école et le marché du travail. Et tout ce que nous devons faire pour favoriser cette transition, tout ce qui nous permet de brancher les jeunes davantage sur le système... Et d'ailleurs, au Sommet de la jeunesse, ce sera l'occasion d'en parler. Parce que non seulement doit-on faire ça entre le système d'éducation et l'enseignement, mais également pour le système de soutien au revenu.

On doit installer un niveau de cohésion qui nous permette, comme société, de tout mettre en oeuvre pour favoriser la réussite de ces jeunes-là. Puis, en 1999 puis à l'aube de l'an 2000, ça veut dire, oui, une éducation puis une formation et une expérience de travail. Ça veut dire aligner tous les instruments. J'irais plus loin que ça, si j'étais premier ministre du Québec, je réclamerais du gouvernement fédéral qu'il change son système d'assurance-emploi pour l'ajuster sur les objectifs que le Québec se fixe dans le domaine de l'éducation. C'est ça que je ferais.

Puis ce n'était pas dans votre discours d'hier, vous auriez dû l'inclure. Ça me fera plaisir, j'irai moi-même, s'il le faut, à Ottawa défendre ça.

Une voix: Ils ne veulent pas l'avoir.

M. Charest: C'est drôle, je n'ai pas l'impression que je vais être invité, M. le Président.

Une voix: Ils n'en veulent pas.

M. Charest: M. le Président...

Une voix: Des chicanes.

M. Charest: M. le Président, je veux vous dire qu'il y a plusieurs autres sujets à toucher. Les régions, j'en ai parlé. Mais dans les régions du Québec, s'il y a une chose que le Parti libéral avait suggérée qui me semblait fort utile, c'était un programme de développement d'infrastructures. Il faut tout mettre en oeuvre pour permettre à nos régions de se développer.

J'ai fait le tour du Québec à plusieurs reprises dans les derniers mois. Je connais bien le Québec. Je peux vous dire qu'il y a des besoins urgents et que ce n'est pas facile, pas facile pour ceux qui sont députés dans ces régions-là d'être devant une situation aussi difficile sur le plan économique et d'être témoins de l'exode des jeunes. On parle de l'exode des cerveaux, mais l'exode des jeunes, l'exode des jeunes des régions, je le sais, j'en entends parler, je le vois, puis nos députés nous en parlent. Il faudrait commencer par leur donner une chance, à ces jeunes-là. Il y a des gestes qu'on peut poser.

On avait proposé un programme d'infrastructures. Ce serait un bon départ pour permettre aux régions de prendre leur avenir en main.

Pour la capitale québécoise, M. le Président, je constate que le gouvernement est bien tard dans ses engagements. Je veux juste lui souligner une chose: il faudrait reconnaître l'importance politique de la capitale. L'importance politique. Je le dis en toute amitié au premier ministre, dans la formation de son gouvernement, il a semblé écarter des cercles de décision sa députation de la capitale. C'est une erreur, ça, c'est une grand erreur. On espère qu'il corrigera, qu'il fera en sorte qu'il y ait quelqu'un au comité des priorités, par exemple, qui soit de la région de la capitale.

De notre côté à nous, on pensait que c'était assez important pour qu'un futur premier ministre préside un comité de cabinet juste sur la capitale. Et ça, c'est une idée qui a du mérite. Il a emprunté plusieurs de nos idées, je l'invite à emprunter celle-là aussi.

Au niveau de l'emploi, le député de Verdun avec son équipe avait proposé des changements pour les travailleurs autonomes. Le premier ministre, dans son discours inaugural, semble s'ouvrir là-dessus. On applaudit ça. Ça nous fera plaisir de lui transmettre une copie – quoiqu'il l'ait déjà – de notre politique.

Des voix: Ha, ha, ha!

Une voix: Il l'a copiée.

M. Charest: Et les mots se ressemblent pas mal. On pense qu'il y a là un travail important à faire.

Pour la métropole, je lui dirais ceci. Il y a un phénomène de tutelle avec la métropole. Politiquement, ce n'est pas sain. Ça nous place dans une situation intenable d'à-peu-près-tutelle dans son administration. Et avec le monde municipal, il y a une espèce de lien de dépendance, là, où Québec décide à peu près de tout ce qui se fait dans le domaine municipal. J'invite donc le gouvernement à oxygéner un petit peu, puis à sortir des sentiers battus, puis à retourner au monde municipal l'autonomie à laquelle ont droit des élus comme nous, en passant, des vrais élus.

Pour l'agriculture, entre autres, j'aurais aimé... Et je m'inquiète un petit peu que le gouvernement n'ait pas mentionné les négociations qui se préparent à l'Organisation mondiale du commerce. Il y a des enjeux très importants pour nos agriculteurs qui vont se jouer autour de cette table-là. Et le gouvernement du Québec n'a pas le loisir d'improviser. On doit rapidement se faire des positions et les défendre là où elles doivent être défendues pour s'assurer que nos agriculteurs et que le monde agricole et agroalimentaire puisse avoir des politiques qui le protègent et lui permettent à lui aussi de prospérer.

De tous les dossiers – et je vais conclure là-dessus – l'union sociale, M. le Président, est celui qui touche les intérêts plus immédiats, les plus pressants des Québécoises et des Québécois. Le problème inhérent et fondamental du gouvernement, c'est qu'il est, dans ce dossier-là comme dans d'autres, coincé. On a un gouvernement coincé, coincé entre son idéologie et le résultat de l'élection, entre son parti et la population.

Coincé parce que, clairement, toutes tendances confondues, la population québécoise a dit à ce gouvernement et au Parti libéral, à tous ceux qui ont fait la campagne, qu'elle voit son avenir, qu'elle voit la défense et la poursuite de ses véritables intérêts, qu'elle voit sa réussite et sa prospérité future à l'intérieur du Canada.

(11 h 30)

Nos concitoyens, M. le Président, ne veulent surtout pas d'un autre référendum à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale dans le prochain mandat. Bien au contraire, ils souhaitent que leurs élus se penchent sur leurs problèmes, qui sont réels, qui sont criants. C'était tellement clair que, le soir de l'élection, que, le lendemain, le premier ministre du Québec, nouvellement élu, n'a pas pu éviter de constater qu'il n'avait pas le mandat de tenir un référendum. C'était aussi clair que ça le lendemain de l'élection. Il faudrait se demander ce qui est arrivé entre-temps.

Or, ce gouvernement est coincé, d'autre part, par son option, par un parti politique dont l'engagement primordial, pour ne pas dire existentiel, est de réaliser la sécession du Québec. Un parti politique, soit dit en passant, qui n'a jamais donné un mandat à son chef ou aux ministres de son gouvernement de négocier l'union sociale avec le reste du Canada. Il faudra répondre à cette question-là éventuellement, et elle n'est pas insignifiante, parce que ceux qui vous font face, ceux qui sont assis de l'autre côté de la table sont en droit de savoir l'objectif que poursuit le premier ministre du Québec.

C'est la moindre des choses, c'est une question de respect. L'inverse nous mène là où nous sommes rendus aujourd'hui.

Le mandat que le Parti québécois a expressément donné à son premier ministre et à son gouvernement, c'est bien plutôt de démanteler l'union sociale. Et là j'aimerais rappeler au premier ministre que les Québécois et Québécoises ne seront pas dupes. C'est désolant, mais cela explique, hélas, le triste sort réservé aux véritables intérêts des Québécoises et Québécois par ce gouvernement, dans tout le dossier de l'union sociale.

En effet, l'absence du gouvernement du Québec, depuis 1994, à la table de négociation a fait que, une fois qu'il a décidé de s'y présenter pour des raisons électoralistes, il n'a pu exercer à peu près aucune influence ni aucun leadership dans les négociations. D'ailleurs, les ministres le disaient eux-mêmes, ils s'en allaient négocier à Saskatoon et disaient: Ce n'est pas le Québec qui va jouer un rôle de leadership. Pendant la campagne électorale, le premier ministre a dit, et je cite: «On n'est pas dans la business de renouveler le fédéralisme.» Vos propres paroles.

Mettez-vous à la place de ceux qui vous font face. Ils se demandent bien: Lequel des deux me fait face aujourd'hui, celui qui a dit qu'il n'était pas dans la business de renouveler le fédéralisme, ou celui qui a dit qu'il voulait renouveler l'union sociale, ou est-ce que c'est celui qui a le mandat de son parti de démanteler l'union sociale? Avouons que c'est un peu difficile d'en venir à la conclusion «Do they don't care?» La question, ce n'est pas «What does Québec want?», c'est «What does Lucien Bouchard want?».

Des voix: Ha, ha, ha! Bravo!

M. Charest: Dommage, M. le Président. En attendant – parce qu'on attend – on attend les emplois. En attendant la réponse, on attend la prospérité économique. En attendant, on attend de réparer notre système de soins de santé. En attendant, notre système d'éducation décline. En attendant la réponse, on prend du recul. En attendant, on paie un prix qu'il a lui-même reconnu. Ce n'est peut-être pas à moi de poser la question, c'est peut-être plus à l'intérieur de son propre parti qu'on doit lui poser la question.

Enfin, on laissera aux membres de son parti le soin de faire leur travail et de nous éclairer sur cette grande question, à laquelle on aura peut-être la réponse dans le mandat actuel. M. le Président, le problème de tout cela, c'est qu'en attendant on souffre. Pendant ce temps-là, nous attendons. Pendant ce temps-là, les intérêts du Québec sont mis de côté.

Pourtant, le Québec, quand il a exercé son leadership – et je pense que, là-dessus, on est d'accord – on a fait la démonstration qu'on est capable de prendre notre place et de réussir de grandes choses. D'ailleurs, ce n'est pas d'hier. Ça m'a intéressé que le premier ministre, dans le discours inaugural, cite Félix Antoine Savard. Puisqu'il s'intéresse à ses écrits, il est sans doute intéressé à ce qu'il a écrit dans Hymne à mon pays .

Félix Antoine Savard disait: «Heureux les peuples épaulés sur le nord, heureux entre leurs trois océans, et peuples comme le nôtre épaulés sur le nord, heureux les peuples accordés.» M. le Président, «heureux les peuples accordés», c'est ce que visent les Québécois. Nous aspirons à cette fraternité, à cette bonne entente, à ce partenariat actif et sans cesse renouvelé dans le partage et la générosité que décrit le poète.

Or, il se trouve que nous venons d'entrer dans une période de renouveau et d'espoir dans l'évolution de notre fédération, une porte s'est ouverte. Ce pays, à l'initiative des provinces canadiennes, a amorcé une démarche dont l'orientation est irréversible et va nous permettre de faire avancer la fédération vers de nouveaux modes de fonctionnement. Ça va nous permettre de mieux s'administrer chez nous. Encore faut-il avoir la volonté de franchir la porte et d'exercer ce leadership, au lieu de la claquer au nez de nos partenaires et de la barrer à double tour, comme le gouvernement actuel est voué à le faire.

S'il respectait la volonté des citoyens qu'il prétend représenter, s'il respectait leur volonté par deux fois exprimée de travailler à améliorer le pays dont ils sont actionnaires, propriétaires et citoyens, il consacrerait ses efforts à participer et à contribuer de façon constructive au processus en cours, non pas dans le but de le faire échouer, mais dans le but de le faire réussir.

Notre drapeau, M. le Président, celui qui flotte au-dessus de cette Assemblée nationale, celui que nous nous sommes donné il y a plus de 50 ans, ce drapeau qui fait notre fierté, qui a toujours rassemblé les Québécois, ce drapeau à nous n'est pas un drapeau guerrier. Les Québécois veulent la paix. Nous aimons construire, comme nous l'avons toujours fait par le passé, avec nos frères, nos amis et nos partenaires ailleurs au pays. Construire, M. le Président, c'est ce que nous faisons de mieux. C'est ça, l'avantage québécois, c'est avoir l'occasion de construire et de réussir.

Et, pour commencer à construire, il va falloir reconnaître, comme nos citoyens le font à tous les jours, M. le Président, qu'au-delà de ces murs le monde a changé. Le moment est venu d'ouvrir les fenêtres et de laisser entrer un peu d'air, l'air du grand ailleurs, bref, la réalité, M. le Président. Que cet air vienne oxygéner nos esprits et nous inspirer. Les Québécois veulent respirer, M. le Président. Ils veulent qu'on les laisse vivre.

Yesterday, Mr. Speaker, the Premier took a few seconds to explain to the people of Québec that the rest of the country apparently doesn't care. Mr. Speaker, I want to take a second today to reassure those who heard those words that he is wrong, that in... is the gem... an attempt to try to persuade other people, either in Québec or outside of Québec, that there is some inevitable faith in regards to the future of Québec in Canada. That is not true.

And I take as my witness today the results of the election campaign of the 30th of November, where the Liberal Party of Québec obtained the plurality of the vote, where the people of Québec have voted twice in a referendum that they want to pursue their future within Canada, Mr. Speaker. It was true in 1980, it was true in 1995, true in 1998 and true in 1999, Mr. Speaker.

Des voix: Bravo!

M. Charest: We should never be allowed to be persuaded that this country... or that Québec is not a success. We are a vibrant and a great success, but we can do better and we will do better.

M. le Président, je veux aujourd'hui dire, finalement, à quel point on a l'intention d'être fidèles au mandat que nous avons reçu de travailler en étroite collaboration avec tous les parlementaires à l'Assemblée nationale dans les intérêts du Québec. Je veux, à ce gouvernement, lui souhaiter de la chance, de la chance dans le contexte où ses réussites seront aussi les réussites de l'opposition officielle et de la population du Québec.

Je veux surtout lui dire à quel point il aura des comptes à rendre, et il aura devant lui une opposition officielle qui exigera ces comptes et offrira des alternatives dans l'esprit de fierté, dans un esprit constructif et dans un seul esprit, celui de défendre les intérêts du Québec. Merci.

(Applaudissements)

Le Président: M. le chef de l'opposition officielle.

(11 h 40)

M. Charest: M. le Président, j'y ai fait référence pendant mon discours, j'aimerais déposer un document qu'a préparé la députée de Bourassa, en matière de santé, et je pense que personne ne s'objectera à ce qu'on dépose le document en question, M. le Président.

Document déposé

Le Président: Alors, il y a consentement, je crois.

M. Charest: Merci, M. le Président.

Motion de censure

Et, finalement, j'aimerais présenter une motion de censure:

«Que l'Assemblée nationale du Québec blâme sévèrement le gouvernement péquiste pour son inaction notamment dans le domaine de la santé, de l'éducation, de l'économie et dans la défense et la promotion des véritables intérêts du Québec.»

Des voix: Bravo!

Avis touchant les travaux des commissions

Le Président: Alors, avant de donner la parole à un prochain intervenant, je voudrais simplement rappeler à certains d'entre nous que la commission de l'Assemblée nationale, telle qu'elle est constituée actuellement, c'est-à-dire les leaders, les whips et les vice-présidents de l'Assemblée, va se réunir immédiatement à la salle 1.38 de l'édifice Pamphile-Le May afin de voir à la formation des commissions parlementaires, en application des articles 127 et suivants du règlement de l'Assemblée.

Reprise du débat sur le discours d'ouverture et sur la motion de censure

À ce moment-ci, je donne maintenant la parole au député de Rivière-du-Loup.

M. Mario Dumont

M. Dumont: Merci, M. le Président. En ce début de mandat, évidemment, mes premiers mots vont être pour remercier mes concitoyens, les électeurs du comté de Rivière-du-Loup. Dans toutes les fonctions qu'on peut occuper en cette Chambre, la première fidélité, la première loyauté, la première responsabilité qu'on conserve toujours est celle qu'on a envers les électeurs qui décident qu'on mérite ce siège à l'Assemblée, et on doit chaque jour se souvenir qu'on doit continuer à le mériter par le retour de cette loyauté.

Je veux aussi remercier les électeurs de toutes les régions du Québec qui, dans la campagne, ont décidé d'appuyer l'Action démocratique du Québec, qui – et je complète le résumé de la campagne électorale, ou des résultats électoraux, que faisait le premier ministre hier – est le seul parti qui, en pourcentage de votes, a connu une croissance, dans le cadre de la dernière élection. Je veux remercier aussi les candidats et les candidates qui, dans des circonstances dans certains cas plus difficiles, ont tenu le fort durant la campagne, ont défendu avec conviction, avec énergie les idées dans lesquelles ils croyaient ardemment.

Sûrement que ces candidats et candidates de l'ADQ ont dû être heureux, comme moi, hier d'entendre le gouvernement fixer au sommet de ses priorités, comme un enjeu important, essentiel et incontournable, la question des jeunes. Le premier ministre nous annonce – pour l'instant, ce n'est qu'un discours, mais le premier ministre nous l'annonce – que le mandat va porter sur la question des jeunes. Je lui dis là-dessus: Bravo!

Je dois dire que je suis aussi très heureux d'entendre dans son discours des thèmes nouveaux. Maintenant, il va rester quatre années pour mettre de la chair autour de l'os et voir des résultats. Je pense, entre autres, aux travailleurs autonomes. Il y a deux ans, à l'Assemblée nationale, c'était un thème à peu près inexistant. On a eu l'occasion d'aborder, d'effleurer ce sujet-là dans le débat sur l'assurance-médicaments, et je me suis vite aperçu que l'oreille n'était pas encore formée à cette réalité des travailleurs autonomes. Pourtant, aujourd'hui, c'est fixé à l'intérieur des priorités. Bravo!

Il reste maintenant à s'assurer que dans quatre ans, à la fin du mandat, il y aura des changements concrets et positifs dans la vie des travailleurs autonomes du Québec.

De la même façon, on espère qu'à la fin de ces quatre années-là il y aura des résultats concrets en matière d'endettement étudiant. Le premier ministre l'a identifié comme une priorité. Le premier ministre a parlé aussi de tout le dossier de l'Internet, qui est extrêmement important pour la nouvelle génération, pour le développement, je l'espère, du commerce électronique, de créer un ministère à ce chapitre-là. Durant la campagne électorale, on a eu l'occasion d'en débattre, de constater les retards que son gouvernement avait fait prendre au Québec en cette matière-là. On a maintenant un ministre responsable.

On doit donner la chance au coureur. On doit espérer qu'on va reprendre les devants là-dessus et que, dans quatre années, le Québec sera non plus en retard, mais sera au devant sur la question d'Internet et de toute la nouvelle économie.

D'ailleurs, la nouvelle économie, là-dessus aussi, le premier ministre, dans son discours hier, a identifié ça comme un créneau de développement pour les jeunes. Il y a du travail à faire. Son ministre de l'Économie et des Finances a fait preuve à plusieurs reprises d'une compréhension difficile de la question de la nouvelle économie, de la question du développement de l'autoroute de l'information, entre autres, qui était cantonné dans des lieux géographiques.

Alors, j'entends du discours du premier ministre que cette vision-là va s'ouvrir puis qu'à partir de maintenant l'accélération de ce développement-là, au Québec, va se faire et va être créatrice d'emplois, entre autres, pour les jeunes, va continuer à l'être encore davantage.

Nouveau thème aussi, dans le discours du premier ministre, très important, celui de l'équilibre entre les générations. Le premier ministre l'a fixé comme un thème de discussion en vue d'un sommet. Ça me fait toujours peur. Je suis toujours craintif que les consultations soient des occasions de relations publiques dont les recommandations finissent par ramasser de la poussière sur les tablettes.

D'où l'importance que, sur la question de l'équilibre entre les générations, comme j'ai eu l'occasion d'en parler à maintes reprises, on se mette tout de suite comme priorité – on va arriver à un équilibre budgétaire imminent – le paiement de la dette. On n'a pas besoin d'en débattre dans un sommet, c'est une évidence. Ça va de soi que, dans le contexte actuel, si on tient compte de la pyramide des âges, de l'équilibre des générations, ce n'est pas une dette que le Québec devrait avoir, c'est des surplus.

Aujourd'hui, en 1999, si on avait été gouverné d'une façon prévoyante et intelligente depuis deux décennies, on aurait des surplus, parce qu'on se serait dit qu'il est préférable à ce moment-ci, alors qu'une génération plus nombreuse s'en va vers sa retraite, vers un besoin grandissant de soins de santé puis que la génération montante va être moins nombreuse pour travailler... qu'on devrait avoir des surplus accumulés à l'intérieur desquels on pourrait recueillir des intérêts puis aller piger pour payer les soins de santé. Mais c'est le contraire.

Au moment où on rentre dans cette phase-là, comme société, on est déjà endetté. Alors, ça serait la moindre des choses qu'au moins on commence à gruger la portion que représente l'intérêt sur le budget annuel en commençant à rembourser cette dette-là plutôt que de la renvoyer aux générations qui viennent.

Et là-dessus, le premier ministre, dans son discours, pouvait nous inquiéter, parce que, sur plusieurs thèmes – et ça a été souligné par différents observateurs – la solution, c'est plus d'argent. Quand on arrive devant une problématique, la solution, c'est plus d'argent, alors qu'on sait que ce n'est souvent pas le cas, alors qu'on sait que, dans bien des cas, c'est le retrait du gouvernement. Si le gouvernement enlevait ses pattes dans des domaines, si le gouvernement avait moins de monde, s'il y avait moins de monde qui s'occupait de notre bien, on aurait plus de biens dans nos poches.

Alors, c'est souvent de cette façon-là que le gouvernement devrait agir. Et là j'ai senti que la tentation était forte de recommencer à dépenser à gauche et à droite, dans tous les domaines.

Dans son discours sur la jeunesse, j'entends du premier ministre que, même les thèmes oubliés... Il fait une priorité tellement grande de la question des jeunes que, même les thèmes oubliés, quand on lui fera des suggestions, des propositions, on va recevoir un accueil d'une ouverture jamais vue. Je pense, entre autres, à la question du double emploi. Je sais que le chef de l'opposition m'a encore surpris tout à l'heure en préconisant, en proposant le double emploi.

Moi, je pense que, dans la situation d'emploi qu'on connaît au Québec, avec la difficulté qu'ont les jeunes, il est absolument inacceptable – et ça existe encore – que des gens reçoivent de deux sources différentes des chèques qui viennent du même gouvernement, que ce soit sous la forme d'une pension additionnée à un salaire ou...

Il me paraît que c'est un petit peu gros que des gens reçoivent deux chèques avec la fleur de lys dans le coin, en terme de rémunération, quand il y a d'autres gens à côté qui se cherchent un emploi, qu'il y en a d'autres à côté qui sont dans des contrats à temps partiel, qui travaillent quelques heures par semaine, qui s'arrachent la vie. Que le gouvernement, lui, se fasse l'employeur de deux personnes à la fois me paraît un peu gros.

L'embauche de professeurs dans les universités, ça a été un enjeu, plusieurs en ont parlé. Ça n'a pas été mentionné, probablement faute de temps, dans le discours inaugural, mais, en fixant la priorité jeunesse, j'ai la conviction profonde qu'au fur et à mesure qu'on entrera dans ce débat-là le gouvernement sera ouvert d'esprit, posera des gestes.

Il y a quand même des dangers, des dangers au niveau de la cohérence de l'ensemble du discours, et je dois en souligner deux. Sur la question des clauses orphelin, le premier ministre y va d'un renfort sur la question Jeunes mais nous parle... Et je l'ai senti... C'est peut-être mon oreille qui fait défaut, mais j'ai senti qu'on commençait déjà à mettre de l'eau dans le vin, dans le dossier des clauses orphelin, à préparer une législation qui va être une demi-mesure, qui va ménager la chèvre et le chou, qui va couvrir des parties de problèmes.

Alors, j'ai l'intention – en tout cas, moi, pour ma part, j'ai participé avec d'autres collègues à la commission parlementaire qui a étudié de fond en comble le problème à la fin de l'été – de redéposer une version bonifiée, à la lumière des commentaires, du projet de loi que j'avais déjà déposé. Et ça pourrait être un premier geste du premier ministre, de s'assurer qu'on aura un projet de loi qui couvre l'ensemble de la problématique, plutôt que de succomber à la tentation...

Parce que c'est là qu'on va tester vraiment l'engagement jeunesse du gouvernement, c'est quand vont arriver des décisions à prendre où, exemple, les alliés syndicaux, les establishments syndicaux vont faire entendre un autre son de cloche. C'est là qu'on va voir de quel côté le gouvernement va trancher. Et là on entend son engagement jeunesse, on pourra le mesurer. Et l'ADQ, on sera sûrement de ceux qui auront ce ruban à mesurer la sincérité, la conviction du gouvernement, pour voir, quand il y aura des choix... Parce que, quand il n'y a pas de choix à faire...

Dans le discours, on peut en avoir pour tout le monde, mais quand vient le temps de trancher, de faire des choix, c'est là qu'on mesure les véritables intentions.

(11 h 50)

Le premier ministre a parlé beaucoup des jeunes. Sûrement que les écoles lui tiennent à coeur. Je ne sais pas quels rapports il a eus, quelles discussions il a eues avec son ministre de l'Éducation sur la question de la fermeture des écoles. Il faut se souvenir que son prédécesseur, qui a été élu premier ministre sous la bannière du Parti québécois en 1994, avait pris des engagements très, très, très fermes – on n'avait jamais vu aussi fermes, en fait – en matière de fermeture d'écoles.

Le premier ministre Parizeau, en campagne électorale en 1994, lui, s'était engagé à ce qu'il y ait une loi pour empêcher la fermeture de la dernière école du village puis qu'on consolide l'existence des écoles. Seulement dans la région du Bas-Saint-Laurent, si je ne me trompe pas, pour le mois de septembre prochain, c'est huit écoles qui ferment. Ça a été dans le premier mandat... J'entends la député de Rimouski qui dit sept, parce qu'elle oublie celle dans son propre comté, la huitième. Je la comprends, c'est excusable.

Là, si on veut faire un mandat qui va être axé sur la jeunesse, on peut s'entendre que ça commence mal si, dans le premier hiver du mandat sur la jeunesse, on ferme des écoles à répétition. Ça, sur le plan de la cohérence... Je sais que le gouvernement va être sûrement appelé probablement à préciser ses positions. Peut-être qu'avec le discours inaugural le ministre de l'Éducation a reçu des nouvelles directives, des nouveaux mandats et que c'est une question de temps avant qu'on en soit tous informés.

Je fais la transition, évidemment, avec la question jeunesse. Je vais reprendre la phrase de J.-Jacques Samson, ce matin, dans Le Soleil . «L'État prend le jeune Québécois sous son aile dès le berceau. Il lui tient la main jusqu'à la porte d'une entreprise inexistante.» J'ai trouvé que cette phrase-là résumait bien ce qui est la grande, grande, grande lacune, une des grandes lacunes de l'action du Parti québécois dans son premier mandat. On ne peut pas revenir là-dessus, l'électorat l'a jugé et l'a reporté au pouvoir, mais certainement une grande lacune du discours inaugural, c'est la question économique.

Je vais en parler en repartant des propos mêmes du premier ministre, qui nous a parlé de l'avantage québécois. Je trouve ça très beau, et je suis plutôt sensible, je suis plutôt d'accord avec lui sur ce qu'est l'avantage québécois, la position du Québec entre l'Europe et l'Amérique du Nord, sauf que l'avantage québécois, il ne dépend pas du gouvernement. Il dépend de notre réalité géographique, il dépend de ce qu'on s'est donné comme société, de ce qu'on s'est donné comme priorités, comme valeurs, de ce qu'on est devenu, il dépend de nous. Mais, à côté de l'avantage...

Puis, je pourrais en ajouter sur l'avantage québécois, parce qu'on est gâté, au Québec, on a l'hydroélectricité, on a des ressources naturelles inépuisables. On est encore plus gâté... L'avantage québécois est encore plus gros que ce que le premier ministre nous a dit.

Mais il faut reconnaître qu'il y a un désavantage québécois qui existe aussi, et le désavantage québécois, lui, il dépend du gouvernement. Puis le désavantage québécois, c'est les taux de taxation les plus élevés en Amérique du Nord, c'est un taux d'endettement élevé, c'est la tentation de dépenser dans tous les domaines. C'est une structure bureaucratique parmi les plus lourdes qui n'existent pas en Amérique du Nord. C'est des réglementations qui n'en finissent plus. C'est une force incomparable des monopoles syndicaux. Et ça, ça crée un climat où la création d'emplois est plus difficile au Québec qu'ailleurs.

Au Sommet socioéconomique – quand je vous disais que j'avais peur des sommets, un peu plus tôt, là – on en a parlé, de ça. Ça a commencé à être abordé, puis ça a donné lieu à un groupe de travail présidé par quelqu'un qui connaît le développement économique – il en a fait lui-même – M. Lemaire, puis on a l'impression que, les suites de ça, ça ne vient pas puis que c'est long. On a l'impression, en fait, que le Sommet était une occasion de relations publiques puis qu'il fallait s'en sortir en faisant un groupe de travail qui allait se pencher sur l'aspect qu'on ne voulait pas toucher pour ne pas déranger, puis que finalement ça vient d'être enterré.

Or, la grande question, c'est: Que va faire le gouvernement en matière économique? Parce que le grand danger, c'est qu'on pourra faire tout le reste pour les jeunes, on pourra préparer les jeunes vers un parcours spectaculaire de préparation à l'emploi, en fait on pourra, en matière d'éducation, former les meilleurs cerveaux – l'exode des cerveaux, c'est un thème qui me tient à coeur – si on n'a pas l'emploi à leur offrir et si on n'a pas un nombre grandissant d'emplois dans des domaines nouveaux qui s'offrent, on a une roue qui tourne à vide, je veux dire, on prépare des déceptions plus grosses.

Plus tu en promets aux jeunes, si tu n'as rien à leur offrir sur le marché de l'emploi, plus tu gonfles une balloune que tu sais que tu vas leur péter dans la face au moment où ça leur tient à coeur, qui est celui de se trouver un emploi puis de rentrer dans une vie active sur le plan économique.

Là-dessus, je dois dire que le plan d'action du gouvernement est le reflet de son premier mandat et que, sur la question économique, c'est faible. C'est faible. C'est un refus de ce qui a marché ailleurs. C'est une allergie.

Je ne nie pas qu'il existe un modèle québécois, mais on ne peut pas s'enfermer dans le modèle québécois des années soixante pour se faire accroire qu'on n'a pas un désavantage québécois, et que le désavantage québécois, il dépend, entre autres, du gouvernement, et que les actions du gouvernement en matière économique, en matière de création d'emplois, en matière de développement des PME, en matière d'accélération de la nouvelle économie, bien, que les actions du gouvernement...

Quand je dis «les actions», je ne parle pas plus d'argent puis je ne parle de promettre des sauvetages à tout prix, les jobs qui coûtent 500 000 $ chacune à sauver, je parle des actions, dans certains cas, qui sont d'avoir moins de paperasse, dans certains cas,

Document details

CollectionQuebec — Debates (Hansard)
Citation1999-03-04
Typehansard
Volume / chapterfr travaux-parlementaires assemblee-nationale 36-1 journal-debats 19990304 9743
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
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